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Jeudi 19 novembre 2009 - Information Presse
 
Projet de Loi « Grand Paris » la position du MEDEF Ile-de-France
 
A la lecture de ce projet de loi, on ne peut qu’être surpris par la différence manifeste entre le discours de N. SARKOZY prononcé le 29 avril dernier et le contenu de ce document intitulé « Grand Paris ».
Le texte tel qu’il est présenté aujourd’hui pose à la fois des problèmes de fond et des problèmes juridiques, même s’il propose une nouvelle vision positive de l’aménagement régional en remettant au cœur des problématiques franciliennes le développement économique.
 
I-    LES PROBLEMES DE FOND
 
a-      Cohérence court/long terme
Le grand projet de rocade métro automatique (environ 140 km et 60 gares autour ou en tangente du cœur d’agglomération) se situe à un horizon lointain : 2025 mais plus sûrement 2030 si des difficultés techniques, financières et juridiques, inévitables pour un projet de cette envergure, sont rencontrées. Or, il ne peut prendre toute sa valeur que s’il est accompagné d’un plan/programme à court/moyen terme (5 à 10 ans) susceptible de résoudre les multiples problèmes qui affectent le réseau des transports en commun francilien.
Plusieurs urgences doivent être traitées rapidement :
- La modernisation du RER (2,8 MDS €) : RER B (250 M€), C et D (800 M€), prolongement d’Eole jusqu’à la Défense (2 Mds €),
- Le prolongement de la ligne 14 pour alléger la ligne 13 (1 MD €),
- Le prolongement ou la création de 7 lignes de tramway,
- Le démarrage de la tangentielle nord,
- La modernisation du transilien (1,1 MD €),
- Le renouvellement du matériel roulant sur le RER A et les lignes 1, 5 et 9.
Des priorités doivent être impérativement définies sur lesquelles les financements de la Région et de l’Etat doivent être concentrés.
De plus, les tracés prévus (Grand Huit/Plan Huchon) doivent être cohérents : que dire de la liaison Paris /Roissy CDG : pas moins de 3 projets se superposent (RER B – Grand Huit – CDG Express) ;  il est important de réaffirmer le caractère essentiel de la liaison CDG Express .
Autre exemple : la liaison Défense – Versailles - Saclay – Orly clairement identifiée dans le Grand Huit mais prévue en Tram/Train initialement.
 
b-      Croissance
L’ambition de N.SARKOZY, clairement affirmée dans son discours, est de faire de l’Ile-de-France une région compétitive au niveau européen et mondial. Cela implique que notre région retrouve une croissance annuelle comprise entre 3 et 4 % contre une croissance moyenne de 2 % sur la décennie 1998-2008.
Cet objectif doit être clairement affirmé dans l’exposé des motifs  de la loi.
 
c-      Avenir de la zone centrale de l’agglomération :
Le projet de C. BLANC privilégie les liaisons Banlieue/Banlieue et consacre un développement polycentrique de l’Ile-de-France. Mais, son tracé, éloigné du cœur d’agglomération bénéficie prioritairement aux nouveaux pôles de développement de la région : Saclay, Massy, Orly, Noisy-le-Grand, Le Bourget, Roissy. Il en profite pas à l’hypercentre (sauf prolongement de la ligne 14), ni même au cœur d’agglomération dont il « fait les bordures ».
Il faut rappeler :
  - Que le cœur d’agglomération (75-92-93-94) regroupe sur 5 % du territoire francilien plus de 50 % de la population régionale et 70 % des emplois,
- Qu’il enregistre 20 % des déplacements de la Région ,
- Que 55 % des emplois en proche banlieue ne sont pas desservis par les transports en commun et nécessitent le recours à l’automobile. Il convient donc que le poids de la zone centrale et son avenir soient clairement réaffirmés dans l’exposé des motifs.
 
d-      Evolution des pôles de développement économique :
Le Grand Huit prévoit de relier au réseau existant et entre eux 6 grands pôles de développement économique majeur en Ile-de-France. Il est étonnant de constater l’absence du pôle Cergy—Pontoise dans le Val d’Oise qui regroupe près de 200 000 habitants, avec des possibilités importantes de développement pour créer un nouveau « cluster ». L’importance de ce pôle universitaire avait d’ailleurs été soulignée par N. SARKOZY dans son discours du 29 avril
De même, il existe une grande interrogation sur le devenir de ces futurs pôles. Sont-ils uniquement des territoires à vocation économique, ou ont-ils pour vocation d’accueillir d’autres fonctions urbaines comme le logement ? S’agit-il de réaliser de « nouvelles » villes nouvelles comme au début des années 60 ?
Aujourd’hui, la ville durable impose la réalisation de quartiers évolutifs et non plus des quartiers spécialisés dans telle ou telle fonction. Cette vocation doit être réaffirmée .
Enfin, la répartition spatiale choisie par C. BLANC est en totale contradiction avec les projets de 9 des 10 équipes d’architectes qui ont travaillé sur le « Grand Paris ».
La reconquête de la ville dans une perspective de densification (ville durable) ne passe pas par une urbanisation des périphéries du cœur de l’agglomération francilienne. Un effort majeur doit être accompli sur les territoires situés en gros à l’intérieur de la boucle A 86. Les potentialités de développement sont là avec la nécessité d’un bouclage des rocades routières, d’une prolongation des lignes de métro et d’un réseau tramway dense .
Les choix de développement conditionnent les tracés des transports en commun et non pas l’inverse.
 
e-      Concertation
Même si le projet de loi déposé a progressé par rapport à la mouture initiale , nous sommes loin d’une véritable concertation annoncée très clairement dans le discours du Président de la République.
La création de 3 instances de concertation avait alors été annoncée :
  L’Atelier du Grand Paris (APUR + IAURIF + 10 architectes),
L’Agora du Grand Paris (élus locaux)
Les Etats Généraux du Grand Paris (grand public).
A aucun moment, dans le projet de loi, ces instances de concertation ne sont mentionnées. Or, le projet de loi pose les fondements de la création du Grand Paris et la réalisation d’une infrastructure essentielle pour sa structuration. Un tel changement, une telle ambition ne peuvent se faire sans la consultation obligatoire de l’Atelier et de l’Agora . Il est également curieux de constater qu’alors que le développement économique s’inscrit au cœur de ce projet, ses acteurs régionaux principaux n’apparaissent pas alors qu’ils devraient être pour le moins consultés (chambres consulaires, chambres de métiers, organisations professionnelles représentatives) .
 
II-   PROBLEMES JURIDIQUES
 
Plusieurs incertitudes planent sur le projet de loi quant à sa sécurisation juridique.
Deux méritent des clarifications :
  - La possibilité pour la Société du Grand Paris (SGP) de traiter des marchés de maîtrise d’ouvrage et de construction de « gré à gré. L’étude d’impact précise que cette possibilité est conforme à la législation européenne. L’incertitude demeure néanmoins sur les conditions de passation de marchés aussi importants sans appels d’offre. La volonté de vouloir privilégier la RATP et/ou la SNCF risque de se heurter à des recours qui pourraient retarder ce projet. Cet aspect du projet de loi mérite clairement une consolidation juridique,
- La cohérence juridique entre les opérations d’intérêt national (OIN) créés par la loi ENL de 2006 et l’exercice du droit de préemption conjoint par la SGP et les collectivités locales concernées (question à creuser )
PS. : Les questions du financement du Grand Huit ne sont pas abordées dans cette note. Il convient de se référer au rapport de Gilles Carrez. Le Medef-idf rappelle néanmoins que le projet nécessite des moyens financiers considérables (15 MD €) qui justifient l’appel à des financements privés dans le cadre d’une concession de service public, à l’instar de ce qui a été fait, avec succès, pour la réalisation du réseau autoroutier français. Le projet prévoit cette possibilité : il s’agit d’un aspect très positif.
Il reste néanmoins une zone d’ombre : le financement du fonctionnement de cette nouvelle infrastructure de transport ( 800 M €/An) qui devra être assurée par le STIF chargé de sa gestion et de l’exploitation des lignes nouvelles.