ENTRETIEN AVEC LAURENT GALLE, PRÉSIDENT DU GROUPE NOBLET

“LA CONCURRENCE DÉLOYALE EST NOTRE PLUS GROSSE DIFFICULTÉ. DE TROP NOMBREUX ACTEURS SE GLISSENT DANS LES FAILLES DE LA RÈGLEMENTATION EUROPÉENNE ”

APRÈS DES ANNÉES DIFFICILES LE SECTEUR DES TRAVAUX PUBLICS CONNAÎT UNE EMBELLIE CES DERNIERS MOIS. LE LANCEMENT DES TRAVAUX DU RÉSEAU DE TRANSPORT DU GRAND PARIS MARQUE-T-IL LE SIGNAL D’UNE REPRISE DURABLE ?

Les 2 dernières années ont été difficiles dans les travaux publics en Ile-de-France, en raison de la conjonction de plusieurs facteurs. Tout d’abord la fin de certains grands travaux tels que le tram sans réel lancement de nouveaux chantiers, puis le problème du financement des collectivités locales et leur réorganisation. A cela s’est ajoutée la forte alternance politique constatée aux élections municipales de mars 2014 dans notre région, qui a créé une phase de remise en question de très nombreux projets.

Un indicateur de l’INSEE très intéressant, que je suis personnellement de très près, montre clairement ces tendances. Aujourd’hui, avec l’arrivée du Grand Paris et de plusieurs grands projets comme Village Nature ou le plateau de Saclay, le marché est reparti.

VOTRE GROUPE ATTACHE UNE GRANDE IMPORTANCE À L’INNOVATION.

ESTCE LE SECRET DE VOTRE RÉUSSITE ? Qui n’avance pas recule ! Nous devons en permanence progresser dans la qualité de service apportée à nos clients. Nos axes de travail principaux sont : la sécurité des personnes, la qualité de la prestation, le respect de l’environnement, la maîtrise des coûts et le respect de la règlementation.

[su_note note_color=”#66d5ff” text_color=”#ffffff”]Nous innovons sur chacune de ces dimensions. Les plus visibles sont les investissements en matériels respectueux de l’environnement. Nous avons été les premiers en Europe en 2013 à investir dans une pelle hybride Hitachi. Nous avons cette année investi dans 11 camions grues fonctionnant au biogaz qui permet, par rapport au diesel, une division par 10 des particules émises et une réduction par 3 des oxydes d’azote. Le moyen de supprimer notre empreinte CO2. Nous investissons également dans l’électrique (voitures, chariots élévateurs, ..).[/su_note]

Mais nous cherchons à innover également dans les autres dimensions notamment grâce à l’apport des nouvelles technologies. Un exemple est un boitier d’aide à la conduite que nous avons mis en place il y a maintenant 3 ans, pour nous permettre de suivre dans le temps le style de conduite de nos chauffeurs (freinages brusques, virages rapides, accélérations brutales, …). La mise en place de cette aide, liée à de la formation à l’éco-conduite nous a permis de réduire de 15% nos consommations, de près de 25% nos frais de pneus et de réduire significativement le nombre d’accidents.

QUELS SONT VOS OBJECTIFS DE CROISSANCE ET VOS AMBITIONS POUR LES PROCHAINES ANNÉES ?

Nous sommes un groupe à dimension familiale et avons l’ambition de le rester. Notre développement est ambitieux mais raisonnable. Notre priorité est d’améliorer le service apporté à nos clients. Nous travaillons donc dans 3 directions : l’augmentation de notre parc matériel, la progression de notre couverture géographique de l’Ile-de-France et le développement d’une offre de sous-traitance de travaux pour nos clients existants, dans le but de leur apporter une offre complémentaire, sans entrer en concurrence avec eux.

VOUS PRÉSIDEZ ÉGALEMENT LA BRANCHE ILE-DE-FRANCE DE L’ORGANISATION DES TRANSPORTEURS ROUTIERS EUROPÉENS (OTRE).

QUELS SONT VOS DOSSIERS PRIORITAIRES ? Les sujets ne manquent pas et nous avons décidé de focaliser notre action sur 4 sujets majeurs : la concurrence déloyale, la transition énergétique, l’écotaxe et les problèmes de circulation et de stationnement dans Paris.

La concurrence déloyale est notre plus grosse difficulté. Vous prenez un camion immatriculé en Pologne, vous mettez un chauffeur bulgare et

vous le faites affréter par une entreprise belge. Imaginez la distorsion de concurrence ! C’est évidemment interdit mais de nombreux acteurs se glissent dans les failles de la règlementation européenne et profitent de la difficulté à contrôler de tels agissements pour travailler en permanence en France.

Depuis 2 ou 3 ans, c’est presque devenu la règle. De plus en plus de transports intérieurs (ex Paris Lyon ou Nantes Bordeaux) sont faits de cette façon avec des conséquences économiques majeures pour les transporteurs bien sûr, mais également pour la France car ce sont autant de chômeurs en plus et de charges sociales qui ne rentrent pas. Nous travaillons étroitement avec les services de l’État pour essayer de faire évoluer la règlementation et rendre les contrôles plus efficaces et plus dissuasifs.

La transition énergétique est également pour nous un sujet de première importance. La ville de Paris et la Région souhaitent, à juste titre, améliorer la qualité de l’air en Ile-de-France, ce qui passe en partie par une évolution forte de nos moyens de transport. Nous sommes d’accord sur l’objectif mais c’est sur les moyens que nos avis divergent.

Tout d’abord sur le périmètre de l’action. Cibler les camions et les autocars c’est bien mais c’est loin d’être suffisant. L’ensemble des deux ne repré- sente que 10 % des émissions de particules (source GTA Mairie de Paris 2015) contre 13 % pour les 2 roues, 32 pour les utilitaires et 44 pour les voitures particulières.

“NOUS DEVONS EN PERMANENCE PROGRESSER DANS LA QUALITÉ DE SERVICE APPORTÉE À NOS CLIENTS”

Il faut donc agir bien au-delà des camions et supprimer un camion pour le remplacer par 10 camionnettes n’est pas une solution. Nous avons déjà fait beaucoup pour améliorer les performances des camions et des autocars. Les dernières générations de camions polluent très peu.

Un camion sur le périph pollue aujourd’hui plus par la poussière de frein qu’il émet que par son pot d’échappement. Mais nous pouvons faire mieux et l’OTRE Ile-de-France travaille avec tous les acteurs en particulier la filière gaz, pour développer l’utilisation de camions peu polluants et peu bruyants.

L’écotaxe est notre 3ème sujet de travail. Nous sommes conscients que le financement des infrastructures routières est un vrai problème. D’autant plus que c’est notre outil de travail.

[su_note note_color=”#66d5ff” text_color=”#ffffff”]Nous sommes donc prêts à travailler sur des modes de financement mais ils doivent être raisonnables et économiquement soutenables. Ce qui n’était pas du tout le cas en 2013 dans sa version écomouv dont nous avons obtenu la suppression. A ce titre, nous sommes inquiets des effets d’annonces de Mme Jouano.[/su_note]

Arrêtons les postures et travaillons sereinement. Enfin au chapitre du stationnement et de la circulation en Ile-de-France, nous regrettons le dogmatisme et le manque de concertation de la Mairie de Paris. La fermeture des voies sur berges, qui est à mon sens complètement stupide, est un bon exemple de passage en force sur des sujets qui mériteraient plus de discussions.




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