Les nouveaux métiers de la chimie

Portées par la demande sociétale d’un développement plus raisonné et respectueux de l’environnement, de nouvelles filières de l’industrie chimique émergent et s’imposent comme les nouveaux pôles de croissance du secteur.

Lutte contre le changement climatique, éradication des pandémies, développement d’une agriculture raisonnée, recherche sur les maladies génétiques, mise au point de matériaux plus résistants, la chimie est au cœur de tous les défis de notre siècle et contribue à l’essor de l’industrie du futur.

Secteur porteur en termes d’emploi et de développement économique, elle doit attirer de nouveaux profils pour répondre aux besoins d’entreprises qui créent et innovent en permanence, pour rester compétitives sur un marché en constante évolution.

L’essor de la chimie verte et des biotechnologies appliquées aux secteurs de la santé, de l’agriculture, de la protection de l’environnement ou de l’écosystème marin, a ainsi fait surgir de nouvelles activités liées à la demande de plus en plus forte de produits biosourcés.

Près de 25 000 emplois directs en découleraient selon l’Ademe, avec de forts potentiels de croissance dans les domaines des résines, des composites, de la plasturgie mais aussi du recyclage ou des entreprises spécialisées dans les biotechnologies industrielles.

Une montée en compétence

«Les installations et les procédés de fabrication étant de plus en plus complexes, on a besoin de gens qui ont des compétences et de la flexibilité, c’est-à-dire qui sont capables de piloter plusieurs installations, de jongler d’un procédé à un autre», témoigne Gilles le Maire, Délégué Général de France Chimie Île-de-France.

La part des techniciens et des ingénieurs (70%) y est supérieure à celle des autres secteurs industriels (autour de 50%). Beaucoup de recrutements se font en CDI avec des salaires élevés pour fidéliser les salariés.

La formule gagnante pour rejoindre les métiers de la chimie ? Un bagage technique, de la rigueur pour respecter règles et procédures, de la créativité (ingéniosité et innovation étant le propre du métier) et le sens de la communication pour rendre compte et transmettre.

Les nouvelles compétences recherchées relèvent plutôt d’aspects transverses et connexes, que ce soit dans le domaine de l’ingénierie de l’innovation, de la communication ou du management.

Des profils stratégiques autour du management de la recherche sont ainsi très recherchés par les entreprises. Il s’agit de personnes qui ont une base scientifique solide mais qui ont développé d’autres compétences en management de projet ou en protection intellectuelle.

Certains métiers stratégiques ont toutefois été identifiés comme émergents (responsable partenariats – ingénierie de l’innovation, responsable prospective – intelligence économique, bio-informaticien, ingénieur en méthanisation, ingénieur en ACV – analyse des cycles de vie d’un produit) ou en mutation (conseiller agro-ressources, trader matières premières végétales, lobbyiste…).

Un souci accru de transversalité

La grande diversité des problématiques de la filière, et celle des marchés applicatifs auxquels elle donne accès, supposent une plus large interdisciplinarité, voire pluridisciplinarité, pour assurer son développement.

Un point de consensus fort pour l’ensemble de ses acteurs, que ce soit les industriels, les experts ou les spécialistes de la formation. «Il faut être assez polyvalent de manière à élargir son domaine de compétence et surtout de recouper les autres domaines de compétences des gens avec lesquels vous travaillez », insiste Freddy Minc, professeur de chimie au lycée Galilée de Gennevilliers (92).

«Polyvalence et autonomie sont des qualités indispensables, surtout si vous travaillez dans une petite structure», ajoute Maxime Leroux, technicien chimiste chez Genepep. Agronomes, ingénieurs R&D (biochimistes, biologistes, microbiologistes), ingénieurs matériaux biosourcés sont autant de métiers considérés comme stratégiques pour les acteurs de la filière. Appliquée ou fondamentale, la recherche dans la chimie du végétal, par exemple, vise tout à la fois les plantes (caractéristiques et propriétés des végétaux…), les procédés de valorisation de la biomasse, les biomatériaux…

De la même façon, les postes conjuguant compétences en biologie et en informatique/analyse statistique sont particulièrement prisés. C’est sur eux que reposent la création de nouveaux outils d’analyse et le développement de nouveaux modes de traitement des données du vivant.

Fabrication et analyse en tête des besoins

Le gros des effectifs de chimistes reste toutefois dédié aux activités de fabrication. «Les besoins en titulaires de CAP, Bacs pro et BTS pour conduire les appareils sont là. Sur ces métiers de plus en plus qualifiés, on manque de candidats», insiste Gérard Roussel, Président de l’AFI24, un CFA qui propose des formations de Bac à Bac+6, en biotechnologies, chimie et physique.

L’analyse constitue un autre créneau porteur. «On recrute de gros bataillons de techniciens d’analyses ou contrôle qualité, à Bac+2 ou +3, particulièrement dans la pharmacie, la cosmétique et l’agroalimentaire», explique Philippe Morin, responsable de la licence professionnelle chimie-analyse, contrôle à Orléans. Les recrutements sont également nombreux dans les fonctions supports, comme technico-commercial, la qualité, l’hygiène-sécurité-environnement, les brevets, la logistique, les affaires réglementaires.

Apprentissage, le bon plan

Contrairement à un stagiaire, l’apprenti est considéré comme un salarié à part entière et se voit confier des missions de plus grande envergure. Il apprend à s’intégrer dans une équipe, à adopter les bons réflexes face aux risques liés aux produits chimiques, acquiert le sens des responsabilités, gagne en expérience. Des atouts appréciés des recruteurs.




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