Les «répats», une force vive pour les entreprises françaises ?

Les «répats», une force vive pour les entreprises françaises implantées en Afrique ?

par Olivier Enogo, correspondant de VoxAfrica

De plus en plus de personnes issues des diasporas africaines abandonnent leur statut métaphorique « d’immigrés » pour un retour sur le continent. On les appelle les « répats », un néologisme désignant des expatriés généralement revenus dans leur patrie d’origine.

Leur départ pour l’étranger, généralement la France pour les ressortissants des anciennes colonies françaises, s’appuie sur une émigration choisie. Le retour lui, pour diverses motivations aussi bien familiales, économiques qu’idéologiques, a toujours fait partie de leur schéma de vie. « Le séjour dans l’eau ne transforme pas un tronc d’arbre en crocodile, c’est l’appel des racines », souligne Lorenzi Mba Olomo, Equato-guinéen nouvellement embauché par une société pétrolière américaine basée à Malabo. Une réinstallation qui peut très vite être jalonnée de contrariétés notamment sur des habitudes locales parfois étranges pour quelqu’un ayant grandi en France. « J’ai découvert en arrivant que les jours de pluie, personne ne vient travailler ! », Koffi Lapio, scientifique ivoirien installé à Abidjan. Trop longtemps éloignés des réalités africaines, revendiquant leur africanité, de retour de leur « déportation volontaire » et en immersion dans cette Afrique nouvelle, les « répats », sont confrontés, eux aussi, au choc culturel. « Les autochtones nous considèrent comme un étranger, à chaque coin de rue, ils nous escroquent », s’insurge Tibidi Assoa, ingénieur en télécommunications, revenu de Lyon pour Yaoundé, la capitale politique du Cameroun en Afrique centrale. « On a la couleur autochtone mais sans la saveur qui va avec », ajoute amusée, Florence Nkwamezi, Congolaise à la recherche d’un emploi à Kinshasa.

La « diabolisation » dont ces « nomades économiques » sont les cibles relève d’une méconnaissance de cette communauté hétérogène et repose sur des clichés fallacieux : un «Répat» est un immigré qui a raté sa vie en France ou pire, un fugitif si ce n’est un expulsé ! Ni tout à fait étrangers, ni tout à fait intégrés, ces «impatriés» autre nom donné aux «Répats», doivent inéluctablement passer par une phase d’adaptation de 6 mois à un an. Temps nécessaire pour subir le reentry shock (ou «choc du retour»). « Pour quelqu’un qui a passé 10 ou 20 ans de sa vie en France, c’est une expatriation à l’envers, tout est à réapprendre », résume Fadila Seck, juriste à Dakar.

Le cadre professionnel n’est pas exempt de critiques. Difficultés rencontrées avec le fonctionnement étatique ou administratif, réadaptation culturelle… le « retour des cerveaux » vire au cauchemar avec, pour conséquence, un sentiment d’être démuni. « Ici, tout est carrément plombant, je préfère encore retourner galérer sur la dalle dans ma cité », tranche lasse, Djemila Akhmad, Beurette quadra sur le point de quitter Tunis pour un retour au bercail à …Marseille.

Dans la plupart des cas, une constance : la volonté de retrouver des repaires coutumiers. « Ils cherchent à intégrer des entreprises européennes basées en Afrique pour retrouver un environnement de travail qui leur est familier », explique un chasseur de tête du cabinet AfriSearch, spécialisé dans le recrutement et le conseil en ressources humaines en Afrique.

Une manne insoupçonnable de compétences pour bien des multinationales. Cette «migration à l’envers» ne concerne essentiellement que l’élite de la diaspora africaine sur toute sa diversité de l’expatriation, avec ses configurations familiales variées. Loin du stéréotype du travailleur africain sans-papiers, ouvrier en bâtiment ou technicien de grandes surfaces, autrement dit éboueur.

Aujourd’hui, de plus en plus de femmes africaines aussi effectuent le voyage retour. Se réinstaller. Comme Meriem Birane, la plupart ne choisissent pas leur pays d’origine. Cette industrielle née à Oujda au Maroc voilà 52 ans a décidé de rejoindre le Rwanda, attirée par « les possibilités qu’offre le président Paul Kagamé dans son programme d’échanges Sud-Sud ». Une vision militante panafricaine, s’ajoutant à l’appel des opportunités.

Difficile pourtant de mesurer l’ampleur de ces retours. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) encourage le « retour des cerveaux » à travers ses programmes de Migrations pour le développement en Afrique (MIDA). Une aubaine pour les multinationales. « Toutes mettent en avant l’ouverture d’esprit liée à leur expatriation en Occident et une vivacité d’esprit que n’ont pas toujours leurs employés autochtones », conclut James Harold Oresekejun, l’un des responsables de l’équivalent de Pôle emploi au Nigeria.

Paru dans CAP’IDF N°65