S’implanter aux États-Unis – Entretien avec Samuel Loy

Président de la Chambre de Commerce Franco-Américaine de Los Angeles
Article paru dans #MagCAPIDF, mars 2020

La France est le cinquième plus grand investisseur étranger aux États-Unis avec 251 milliards de dollars en IDE (Investissement Direct Étranger) et le pays constitue la première destination des investisseurs français à l’étranger. Pour mieux comprendre ce phénomène, nous avons rencontré Samuel Loy, Président de la Chambre de Commerce Franco-Américaine de Los Angeles.

Comment expliquez-vous cette fascination des investisseurs et entreprises françaises pour les États-Unis ?

Les États-Unis représentent le nouveau monde, une terre où l’on peut se réinventer, une terre ou l’échec n’est pas interdit, une terre ou les obstacles que nous connaissons en Europe ne semblent pas exister. Les entrepreneurs y sont très bien accueillis et les Américains sont toujours friands de nouvelles idées.

Aux États-Unis, l’argent n’est pas un tabou mais au contraire, une preuve de réussite. La culture mais également les législations en place sont en faveur des entreprises et des investisseurs.

Enfin, la taille du marché n’est pas négligeable. Il s’agit d’un marché de $22 trilliards avec une croissance de près de 3 % et un chômage en dessous de 4 %.1

Comment faire du business aux États-Unis et quelles sont les différences culturelles en ce domaine ?

Pour réussir aux États-Unis, il faut comprendre la mentalité américaine. Bien que les Français et les Américains soient similaires en surface, ils ne pourraient pas être plus différents dans leur manière de faire des affaires.

  • Tout d’abord, le rapport à l’argent est plus décomplexé aux États-Unis. Les Américains n’ont pas peur de parler de chiffres et de rentabilité sur un produit ou un service, et ce dès le début des négociations.
  • Le rapport au temps est également très différent. Les rencontres professionnelles sont traditionnellement plus courtes qu’en France et on n’hésite pas à aller droit au point. À titre d’exemple, il m’est arrivé de conclure des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars lors de rendez-vous de 30 minutes. Cela semble inconcevable en France.
  • Enfin, aux États-Unis les contrats sont textes de loi. En France, comme la loi, la jurisprudence est une source du droit qui s’impose aux contrats. Il est donc essentiel de s’entourer d’un bon avocat ainsi que d’un bon expert-comptable fiscaliste avant de s’engager dans des obligations contractuelles avec des partenaires américains.

“Entre la France et les États-Unis, les échanges commerciaux dépassent les 100 milliards de dollars par an !”

Quels sont les secteurs les plus porteurs en ce moment ?

Les Français ont une forte valeur ajoutée dans le secteur de l’aéronautique / aérospatial, les arts de la table, l’agroalimentaire et la tech. Ce sont des secteurs pour lesquels la France est un leader aux États-Unis.

Quels sont les atouts des entreprises françaises sur ce marché ?

La France est le quatrième plus gros investisseurs étranger aux États-Unis, avec une très forte présence dans le secteur industriel2.

Les Français disposent d’un système d’éducation compétitif et peu onéreux, en particulier dans le domaine de l’ingénierie et du management. C’est un atout qui peut s’avérer indispensable lors d’une évolution professionnelle sur le marché américain.

Par ailleurs, les entreprises françaises sont habituées à naviguer au travers d’un système juridique complexe notamment en ce qui concerne le code du travail et le système d’imposition. Ce même système est beaucoup plus simple et en conséquence, moins onéreux sur le marché américain.

Enfin, les entrepreneurs français peuvent s’appuyer sur une communauté de près de 11 millions de francophones aux États-Unis. C’est un atout non négligeable lors du développement d’une activité et de l’embauche de nouvelles recrues.

Quels conseils donneriez-vous aux investisseurs français pour réussir leur implantation ?

Il est essentiel de bien s’entourer. N’hésitez pas à contacter les Chambres de Commerce et autres experts sur le terrain.

Pour les PME françaises souhaitant se développer aux USA, je ne conseille pas de passer par la case recrutement dès le début. Celle-ci peut s’avérer onéreuse et non justifiée tant que l’entreprise n’a pas dégagé une rentabilité suffisante sur le marché.

Il existe des cabinets d’accompagnement en stratégie et développement international tel que Red Canyon. Ces derniers pourront vous aider à naviguer au sein de ce nouvel environnement et assurer que votre activité sur le marché nord-américain soit entre de bonnes mains.

1Source : GDP et taux de chômage aux USA selon la World Bank.

2Source : World Trade Center, 2019.

Paru dans #MagCAPIDF