Écotaxe régionale : Entretien avec Jean-Pierre Gaumet, Président du Gatmarif

Article paru dans #MagCAPIDF, juillet 2021

Jean-Pierre Gaumet, Président du Gatmarif, réaffirme l’opposition farouche des transporteurs à toute nouvelle écotaxe dans un contexte économique fragilisé, et appelle constructeurs et fournisseurs d’énergie à se mobiliser pour proposer des alternatives écologiques viables.

La Présidente de la région propose d’instaurer une écotaxe destinée à l’amélioration du réseau routier. Comment les transporteurs routiers franciliens accueillent-ils cette proposition ?

Les fédérations que nous représentons, tant nationales que régionales, sont farouchement opposées à cette nouvelle taxe. Durant la période de crise sanitaire que nous avons connue, nos salariés ont assuré en seconde ligne l’activité de notre pays sans défaillir, cette nouvelle taxe apparait comme une menace à la reprise tant souhaitée. Reportée « sine die » par le gouvernement précédent, elle est remise au goût du jour alors que notre profession connait une grande mutation technologique et économique (arrêt programmé des carburants fossiles, développement d’une logistique sauvage par les plateformes collaboratives, contraintes de livraison liées au développement des Zones à Faibles Émissions, etc…). Notre activité connait dans le contexte actuel une période à faible marge. Une nouvelle taxe pour nos transporteurs risquerait d’avoir des conséquences irrémédiables.

Selon l’exécutif régional, cette mesure pourrait ne concerner que les véhicules de transit et les étrangers, avec des mesures compensatoires pour les entreprises franciliennes. N’y a-t-il pas un risque de remise en cause par les autres transporteurs ?

En effet, cette mesure est discriminatoire et il y a un risque non négligeable de voir cette nouvelle taxe retoquée par la Cour de justice européenne en cas de pourvoi auprès de cette instance. Il existe déjà un précédent avec l’arrêt (591) du 17 juin 2019 interdisant à l’Allemagne une telle mesure vis-à-vis des transporteurs étrangers. Sa mise en œuvre risque d’être compliquée car privilégier le transporteur francilien par rapport aux autres transporteurs en transit ne sera pas facile à mettre en place. Comment gérer par exemple, un tractionnaire francilien tractant une remorque belge ?

Cette mesure ne risque-t-elle pas d’augmenter le trafic des utilitaires légers pour échapper à la taxe ?

En effet, cette nouvelle taxe risque fort de se traduire sur notre territoire par une augmentation significative des utilitaires légers qui passent déjà sous les radars de la législation du travail, et qui a pour conséquence d’aller à l’encontre des ambitions écologiques affichées par notre Présidente de Région (pollution accrue, encombrements, etc..).

Quelles sont vos propositions pour un transport routier décarboné en Île-de-France ?

Nos propositions, malheureusement, ne dépendent pas que de la volonté des transporteurs mais aussi et surtout des constructeurs de matériels qui ne semblent pas complètement investis dans les nouvelles technologies (électrique, hydrogène). Même si leur communication dément en tout point cette constatation : il existe bien une marge entre des véhicules prototypes et des véhicules de série. Pour un matériel électrique, il vaut déjà six fois plus qu’un matériel conventionnel de norme Euro 6, et les véhicules à hydrogène n’existent que sur des planches à dessin pour le moment.

En parallèle, il ne faut pas oublier les solutions d’avitaillement en gaz, électricité ou hydrogène qui font encore défaut. Pour mémoire, nous ne sommes à ce jour qu’à moins de vingt stations d’avitaillement en gaz en Île-de-France.

 

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