ENTRETIEN AVEC SÉGOLÈNE NEUVILLE, SECRÉTAIRE D’ÉTAT EN CHARGE DES PERSONNES HANDICAPÉES ET DE LA LUTTE CONTRE L’EXCLUSION

“LE GOUVERNEMENT A FAIT LE CHOIX DE PROMOUVOIR L’EMPLOI ACCOMPAGNÉ, QUI OBTIENT DES RÉSULTATS PROBANTS DANS L’INSERTION DURABLE EN EMPLOI DES PERSONNES HANDICAPÉES”

LE TROP FAIBLE NIVEAU DE QUALIFICATION DE LA MAJORITÉ DES DEMANDEURS D’EMPLOI HANDICAPÉS (PRÈS DE 80 % ONT UN NIVEAU DE FORMATION INFÉRIEUR OU ÉGAL AU CAP/ BEP) CONSTITUE L’UN DES PRINCIPAUX FREINS DANS LEUR ACCÈS À L’EMPLOI. QUELLES DOIVENT ÊTRE LES PISTES PRIVILÉGIÉES POUR CHANGER LA DONNE ?

segolene-neuvilleIl faut agir à la fois en amont, c’est- à-dire sur la formation initiale des jeunes en situation de handicap, et en aval, en facilitant l’accès des adultes à la formation continue. C’est la raison pour laquelle le mouvement de scolarisation des enfants handicapés en milieu dit “ordinaire” – c’est-à-dire dans les écoles, avec les autres élèves – prend de plus en plus d’ampleur. Ce sont désormais 300 000 élèves concernés qui y sont accueillis, soit un tiers de plus qu’à la rentrée 2011. Nombre d’entre eux seront amenés à grossir les rangs des étudiants handicapés qui restent à ce jour trop peu nombreux. En parallèle, le gouvernement a ouvert le droit universel à la formation tout au long de la vie dont les travailleurs handicapés bien évidemment profitent, qu’ils soient en milieu ordinaire de travail ou en secteur protégé.

COMMENT REPENSER L’ACCOMPAGNEMENT DES PERSONNES HANDICAPÉES POUR FACILITER LEUR INSERTION DANS LE MONDE DU TRAVAIL ?

Il faut veiller à ce que cet accompagnement corresponde bien aux besoins, et des salariés, et des employeurs. Ce qui n’est pas toujours le cas. Les prestations actuelles consistent essentiellement en des aménagements ponctuels du poste de travail, par définition adaptés à la situation des travailleurs avec un handicap sensoriel ou moteur. Le problème, c’est qu’elles n’ont pas d’utilité pour les personnes ayant un autre type de handicap, par exemple les personnes avec un handicap mental ou encore psychique. C’est la raison pour laquelle j’ai encouragé l’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (AGEFIPH) à inscrire de nouvelles prestations d’accompagnement dans son catalogue d’offres. J’ai fait bien sûr la même chose auprès du Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP). Il faut aussi savoir être pragmatique et développer ce qui marche. C’est pourquoi le Gouvernement a fait le choix de promouvoir l’emploi accompagné, qui obtient des résultats probants dans l’insertion durable en emploi des personnes handicapées depuis plusieurs années. D’abord au Canada, puis dans d’autres pays européens. Il permet d’accompagner dans la durée un salarié qui a un projet professionnel ou qui souhaite conserver son emploi. L’accompagnement s’effectue selon les besoins de la personne : intensif pendant les moments difficiles, il peut devenir très léger – voire inexistant – lorsque tout va bien. Il comprend par ailleurs une aide à l’employeur, de telle sorte de venir en appui des managers en cas de besoin.

LA SÉCURISATION DES PARCOURS PROFESSIONNELS VOUS SEMBLE-T-ELLE SUFFISAMMENT PRISE EN COMPTE PAR LES ENTREPRISES ET COMMENT LES SENSIBILISER ?

LES SENSIBILISER ? Le nombre de 65 000 licenciements annuels pour inaptitude nous engage collectivement à agir. Pour ce faire, il faut développer la négociation collective sur le handicap en entreprise. Pour comprendre et lever les obstacles à la signature de tels accords, une table-ronde a été organisée au ministère du travail avec les partenaires sociaux et des associations représentant des personnes en situation de handicap. La feuille de route concertée issue de ces travaux fait des propositions pour épauler notamment les petites et moyennes entreprises ainsi que les entreprises de taille intermédiaire. Elle ouvre aussi des pistes pour remédier à ce paradoxe : quand une entreprise atteint des taux situés entre 4 et 6% de travailleurs handicapés, plus elle en embauche, moins elle dispose d’argent pour l’adaptation des postes.

L’ENTREPRISE ADAPTÉE QUI EMPLOIE 80 % DE PERSONNES HANDICAPÉES PEUT-ELLE CONSTITUER AUSSI UNE PASSERELLE VERS LE TRAVAIL EN MILIEU ORDINAIRE ?

Mais l’entreprise adaptée relève déjà du milieu ordinaire de travail ! C’est même un secteur qui évolue très vite et qui innove : savez-vous que l’une d’entre elles a déposé un brevet mondial pour le recyclage des plastiques ? Leurs activités d’ailleurs se diversifient de plus en plus. C’est bon à savoir pour les entreprises qui souhaitent valoriser leur RSE ou satisfaire à leur obligation d’emploi de travailleurs handicapés. Pour répondre plus précisément à votre question : oui, bien sûr, l’entreprise adaptée peut jouer pour certains travailleurs handicapés le rôle de passerelle. Le gouvernement vient d’ailleurs de déposer un amendement au projet de loi de Finances pour 2017 pour la création de 500 postes dans les entreprises adaptées. L’effort budgétaire est de 7,5 millions pour cette mesure. Pour d’autres, et grâce au développement de l’emploi accompagné que j’évoquais à l’instant, il est possible de mettre directement leurs compétences au service d’une entreprise “classique”. Pour faire émerger les initiatives locales en matière d’emploi accompagné, 5 millions d’euros ont été inscrits au projet de loi de finances pour 2017.

LA DEMANDE DE COMPENSATION VIENT D’ÊTRE REPENSÉE. QUEL EST L’OBJECTIF DE CETTE RÉFORME ?

Vous parlez bien du dispositif de reconnaissance de la lourdeur du handicap, n’est-ce pas ? Il permet d’assurer une compensation salariale pour l’emploi de personnes lourdement handicapées en milieu ordinaire de travail. Il obéissait à des modalités complexes et chronophages pour les employeurs qui voulaient la mobiliser. Grâce à leur réforme, l’attribution peut être automatique dans certains cas et valable jusqu’à la fin de carrière pour les personnes âgées de plus de 50 ans. Les modalités de calcul et les formulaires de demande ont aussi été rendus plus simples. C’est vrai que les démarches demandées aux employeurs, comme aux personnes en situation de handicap au demeurant, peuvent être complexes. C’est la raison pour laquelle un volet “emploi et handicap” a été inscrit au plan de simplification du Gouvernement.