Redynamiser notre industrie. Entretien avec Bruno Berthet, Président du GIM

Article paru dans #MagCAPIDF, décembre 2020

Des pans entiers de notre industrie ont disparu ces dernières années et nous ont cruellement fait défaut au plus fort de la crise sanitaire. De nombreuses voix s’élèvent pour que le plan de relance et la transformation de notre modèle économique soient l’occasion de lui redonner une nouvelle vigueur.

« Le temps est venu de reconnaître et de soutenir une industrie de production éco-responsable et solidaire », insiste Nicolas Orance, Directeur général de Rafaut, PME francilienne du secteur aéronautique. « Cette industrie devra répondre aux enjeux environnementaux tant dans la définition des produits et des nouveaux services que dans l’amélioration des processus industriels, de l’efficacité énergétique, de la recyclabilité », précise-t-il. Ce dirigeant défend l’émergence d’une industrie collaborative et solidaire pour accompagner les territoires dans leurs objectifs d’aménagement, mais également pour imaginer le développement de l’économie circulaire et des circuits courts. Il n’est pas le seul à souhaiter redynamiser un tissu industriel mis à mal ces dernières années.

Créer une nouvelle trame industrielle

« Il ne s’agit pas de raccommoder un tissu industriel déjà rapiécé mais de lui donner une nouvelle trame ». Pour Dorothée Kohler, PDG de KOHLER C&C, il faut s’appuyer sur des projets structurants, co-construits par un collectif multidisciplinaire légitime, des sortes de collectifs régionaux de la relance, à l’image des Mittelständler allemands, où l’innovation et la conquête de nouveaux marchés ne s’apparentent plus à des courses en solitaire. Une nouvelle trame qui doit faire la part belle au digital, comme l’explique Elisabeth Ducottet, CEO de Thuasne. « Aujourd’hui, les ETI industrielles, en France, ont le devoir absolu d’entamer une migration digitale en profondeur pour un rebond de compétitivité ». Elle propose notamment de réorienter l’aide à l’innovation sur la dimension industrielle du digital et de subventionner les projets d’utilisation des technologies digitales qui sont un levier de la relocalisation compétitive.

Revaloriser l’image de l’industrie chez les jeunes

Mais la clé du succès en la matière n’est pas uniquement financière. L’industrie souffre d’une image dégradée parmi les nouvelles générations, ce qui handicape les connexions entre les compétences et les besoins des entreprises sur le terrain. Pour Pierre Veltz, ingénieur et économiste, il convient de combler le fossé entre French Tech et French Fab. « Il faut imaginer des dispositifs pour susciter la rencontre entre d’un côté une énergie et une matière grise magnifiques qui s’investissent trop souvent dans les start-up au sortir des universités et des écoles et de l’autre un tissu d’ETI-PME innovantes avec de magnifiques problèmes en attente (matériaux, process, informatique, etc.) qui n‘arrivent pas à trouver les bonnes compétences ».

 

Entretien avec Bruno Berthet, Président du GIM

Le plan de relance vous semble-t-il de nature à redynamiser notre industrie ?

Ce plan est très positif, mais le second confinement rend la situation plus délicate pour l’industrie. Si l’agro-alimentaire, la santé, la défense, les produits électroniques, informatiques, digitaux se portent bien avec des entreprises ayant des savoir-faire spécifiques, de nombreux secteurs industriels sont affectés durablement (l’aéronautique, les industries en lien avec le tourisme, …), voire en grand danger. Le plan de relance s’adresse à tous ces secteurs dans un contexte très inégal. Il soutient de vraies actions concrètes pour protéger nos fleurons industriels et tout leur tissu industriel, améliorer une compétitivité trop longtemps pénalisée par une fiscalité contre-productive dans tous les sens de ce terme, investir dans les technologies d’avenir et donc préparer l’industrie de demain. Je relève aussi que les mesures de relance deviennent plus lisibles, plus accessibles, avec de nombreux acteurs mobilisés.

Quelles sont vos propositions pour bâtir l’industrie de demain ?

Les enjeux clés de l’industrie du futur font consensus : intégration digitale de la chaîne de production, personnalisation des produits, respect de l’environnement. Au-delà de la capacité d’adaptation, il convient de protéger la souveraineté des entreprises dont la valeur s’est souvent écroulée, de soutenir massivement l’investissement industriel et d’améliorer encore notre compétitivité. Ces actions seraient incomplètes sans un dialogue social de qualité et un vaste programme de développement des compétences : il est vital d’associer les salariés à ces transformations.

« Les enjeux clés de l’industrie du futur font consensus : intégration digitale de la chaîne de production, personnalisation des produits, respect de l’environnement »

Comment mieux attirer les jeunes talents vers les métiers industriels ?

Pour être positif, cette crise a accéléré la prise de conscience de la nécessité d’avoir une industrie forte en France. De nombreux jeunes l’avaient déjà compris, constatant combien nos métiers ont du sens et que l’industrie est d’abord une réponse à nos enjeux de société plutôt que la source de tous ses maux. Pour maintenir cette dynamique les entreprises se sont mobilisées sur l’apprentissage qui reste à bon niveau.

Plutôt que relocaliser, Isabelle Méjean lauréate du prix du meilleur jeune économiste 2020, estime préférable de localiser en développant certains secteurs d’avenir. Partagez-vous cette analyse ?

Je partage cette analyse : mettre l’accent sur le développement des industries d’avenir est sûrement la bonne piste pour une industrie française forte demain. L’énergie ou les communications sont de bons exemples de secteurs où des pays qui avaient décroché sur une technologie, ont bien rebondi sur la technologie suivante : regardez la France et son poids dans le charbon, puis le pétrole, puis le nucléaire. Cela étant, les possibilités de relocalisation existent dans certains secteurs et pas seulement la santé : les technologies de l’industrie du Futur offrent un potentiel d’amélioration de la compétitivité et pourraient permettre de localiser certaines fabrications.

 

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