Assemblée Générale du MEDEF Ile-de-France
Jeudi 28 juin de 18h00 à 20h00

Les inscriptions sont closes. 

Entretien avec ANTOINE CHINÈS, délégué général aux jeux olympiques
et paralympiques et aux grands événements de la ville de Paris.

 

La condition essentielle de l’engagement de la ville dans le projet olympique a été le respect d’un cadre budgétaire sobre et réaliste. comment comptez-vous être la première ville organisatrice depuis fort longtemps à ne pas connaître de dérapages en la matière ?

Vous pointez un des vrais risques issus de l’histoire des éditions précédentes. J’ai la conviction que nous pouvons collectivement le maîtriser. Notre concept s’appuie en effet sur 70 % de sites existants et 25 % de sites temporaires, avec seulement 2 équipements sportifs à construire, là où il a fallu en construire 16 à Pékin, 8 à Londres ou 10 à Rio. Or ce sont sur les nouvelles infrastructures que portent les principaux dérapages financiers. Ensuite, nous avons mis en place des procédures en matière de contrôle budgétaire, d’éthique et de transparence inédites. Un rapport des inspections de l’État a été réalisé pour anticiper les risques et apporter les correctifs avant de lancer les travaux.

Enfin, la nouvelle norme adoptée par le CIO en février prévoit 118 mesures concrètes pour réduire les coûts sans dégrader l’expérience olympique.

Le développement durable est au cœur de la stratégie de la ville.

Quelles ambitions affichez-vous pour ces jeux ?

Dès la phase de candidature, nous avons inscrit le projet olympique et paralympique dans le prolongement de l’Accord de Paris pour le Climat. Près de 500 acteurs de la société civile ont été consultés pour construire une feuille de route exemplaire : 0 déchet, 100 % d’électricité verte, d’alimentation certifiée durable, de bâtiments bio-sourcés et de transport propre pour accéder aux sites.

L’objectif c’est une empreinte carbone réduite de 55 % par rapport aux Jeux de Londres.

J’ajoute notre volonté d’accompagner la filière de l’économie sociale et solidaire pour que les Jeux servent son développement.

À cette occasion, Paris accueillera le monde. quelles mesures la ville de Paris entend-elle déployer pour améliorer les conditions d’accueil des spectateurs et touristes et notamment une meilleure maîtrise des langues étrangères dans les commerces ?

Paris est la 1ère destination touristique mondiale. Nous avons battu des records de fréquentation en 2017 avec près de 40 millions de visiteurs. Paris a été distinguée « destination la plus populaire au monde » selon un classement de la plate-forme TripAdvisor. Paris a récemment présenté une stratégie tourisme partagée avec 400 professionnels.

59 actions seront mises en œuvre d’ici 2024 : offre touristique, qualité de la visite, stratégie marketing et promotion, capacités infrastructurelles et outils de gouvernance. Tout y est abordé. Les Jeux sont une formidable occasion pour mobiliser autour de ces engagements dont la qualité de service et la maitrise de l’anglais. Ce qui est formidable avec les Jeux c’est qu’on peut travailler avec tous les secteurs économiques sur le moyen terme. Cela peut créer des dynamiques positives car tout le monde veut en être à sa place et dans son rôle.

Paris n’est pas vraiment réputée pour son accessibilité aux personnes handicapées. comment comptez-vous changer la donne sur ce plan d’ici 2024 ?

La Ville a renouvelé au mois de mars son schéma directeur en matière d’accessibilité. Il se construit autour de deux objectifs majeurs : rendre la Ville accessible à tous les types de handicaps et ne laisser aucun Parisien sans solution d’accompagnement. Par ailleurs, nous travaillons avec le COJO, le comité paralympique et sportif français et tout le tissu associatif pour faire des Jeux un levier d’inclusion, non seulement à travers l’amélioration de l’accessibilité dans la Ville mais aussi par le développement de la pratique sportive et le changement de regard sur le handicap, comme les Jeux de Londres ont transformé la perception de la société britannique

Entretien avec TONY ESTANGUET, président de PARIS 2024

Le comité international olympique souhaitant ouvrir une nouvelle ère vertueuse, vous voilà face à un challenge supplémentaire : organiser des jeux responsables. comment comptez-vous y parvenir ?

Nous avons construit notre projet avec deux principes : utilisation des équipements existants et responsabilité budgétaire. Cette rigueur nous a permis de clôturer les comptes de candidature avec un résultat bénéficiaire de cinq millions d’euros, pour les reverser aux membres fondateurs publics de Paris 2024 (la Ville de Paris, la Région Ile-de-France et l’État).

Des Jeux responsables ce sont aussi des Jeux qui visent l’excellence environnementale. WWF France nous a accompagnés en phase de candidature pour construire un projet dont l’empreinte carbone sera réduite de 55 % par rapport aux dernières éditions des Jeux.

Des Jeux responsables ce sont enfi n des Jeux éthiques. Nous sommes en train de mettre en place un comité d’éthique, un comité d’audit et un comité des rémunérations qui nous accompagneront au cours des six prochaines années pour garantir rigueur et transparence dans toutes nos actions.

Les changements apportés au projet initial (la construction de l’Arena 2 porte de la Chapelle au lieu de Bercy, le surcoût évoqué pour le centre aquatique) ne sont-ils pas de nature à créer des dérapages ?

Bien au contraire, les éventuelles modifications qui pourraient être apportées au projet ont deux objectifs : se prémunir contre tout dérapage et optimiser chaque euro investi.

L’étude que nous effectuons sur le centre aquatique s’inscrit dans cette démarche et j’ai toute confiance en nos équipes pour rester dans l’enveloppe financière budgétée et améliorer l’expérience pendant les Jeux tout en conservant l’héritage pour la Seine-Saint-Denis. Nous avons choisi de construire un centre aquatique parce qu’il répond aux besoins des habitants d’un territoire où un enfant sur deux ne sait pas nager lorsqu’il entre en 6e .

L’Arena 2 répond elle, à un besoin de la Ville de Paris identifié en amont de la candidature aux Jeux car Paris manquait d’une enceinte de taille intermédiaire, à mi-chemin entre l’Accord Hotel Arena et le stade Pierre-de Coubertin. Comme pour le centre aquatique, les réflexions menées actuellement ont pour but d’optimiser tout à la fois l’investissement, l’usage pendant les Jeux et l’héritage pour le territoire.

De quelle manière le CIO vous accompagne t-il dans cette phase de préparation des jeux ?

Nous avons trois rendez-vous annuels avec le CIO : deux réunions pour passer en revue chaque volet du projet et une visite de la Commission de coordination des Jeux de 2024.

Au-delà de ces temps forts, les équipes de Paris 2024 collaborent au quotidien avec celles du CIO et du Comité International Paralympique.

Peut-être plus encore que pour les précédentes éditions des Jeux, nous travaillons main dans la main parce que nous devons relever ensemble le défi d’organiser les premiers Jeux d’une nouvelle ère.

Les entreprises FRANCILIENNES seront-elles associées à la construction des infrastructures ?

Evidemment. Le Centre de Droit et d’Économie du Sport de Limoges a établi que les Jeux pourraient créer jusqu’à 247.000 emplois en Ile-de-France, dans trois domaines principaux : l’organisation événementielle, la construction et le tourisme.

La Société de livraison des ouvrages olympiques (SOLIDEO), qui commence déjà à passer des marchés, a mis au point une charte qui fixe un taux minimal de 25% de marchés attribués à des TPE-PME. Le Comité d’organisation adoptera lui aussi une charte lorsque nous entrerons en phase de passation de marchés.

Mais nous pouvons dès maintenant commencer à préparer le terrain avec les petites et grandes entreprises françaises, notamment franciliennes. Nous allons travailler à la constitution d’un réseau de TPE-PME pour les informer de nos marchés et des qualifications requises pour y répondre, favoriser des marchés avec des lots, pour que toutes les organisations puissent y répondre, quelle que soit leur taille, et encourager les rencontres entre TPE-PME et grandes entreprises, notamment nos partenaires, pour qu’elles puissent s’associer.

La construction du village olympique à Saint-Ouen, entraîne l’expropriation de 22 entreprises qui ont du mal à retrouver une relocalisation. comment pouvez-vous intervenir sur ce dossier ?

La relocalisation des entreprises fait l’objet d’une attention particulière de la part des acteurs concernés. Toutes ont été prévenues largement en amont du lancement des opérations, pour leur laisser le temps de s’organiser. Elles ont déjà pris part à plusieurs réunions d’information sur la nouvelle ZAC et sont régulièrement tenues informées des avancées du projet.

C’est aujourd’hui l’Établissement Public Foncier d’IDF (EPFIF) qui a pour mission, en lien avec les collectivités locales, et notamment l’établissement public territorial Plaine Commune, de trouver des solutions à leur relocalisation, idéalement sur le même territoire.

Les jeux de Paris seront les premiers jeux solidaires et inclusifs. Comment cette ambition se déclinera-t-elle ?

Des Jeux solidaires et inclusifs, ça veut dire un projet qui capitalise sur le pouvoir du sport comme outil d’insertion sociale. Pour développer un maximum d’initiatives innovantes, nous venons de signer, avec Anne Hidalgo, qui préside la SOLIDEO, une convention de collaboration avec le Yunus Centre, mis en place par le Prix Nobel de la Paix pour coordonner des initiatives d’entrepreneuriat social dans le monde, et les Canaux, un espace dédié aux économies solidaires à Paris.

« 10 % des heures travaillées pour les marchés de travaux seront réalisées par des personnes en situation d’insertion professionnelle »

Un exemple concret d’action déjà engagée : la charte de la SOLIDEO prévoit qu’au moins 10% des heures travaillées pour les marchés de travaux seront réalisées par des personnes en situation d’insertion professionnelle.

Nous prendrons le même engagement et commençons dès maintenant à préparer le terrain avec une cartographie des postes nécessaires à l’organisation des Jeux et des qualifications requises.

Dès l’automne, nous travaillerons avec les acteurs de l’insertion pour identifier les personnes éloignées de l’emploi et les orienter vers des parcours de formation adaptés.

On rejoint là, la question de l’héritage des jeux tant en termes sportifs qu’éducatifs ou d’aménagement. quelles sont vos ambitions en la matière ?

Notre ambition c’est qu’il y ait un avant et un après Paris 2024, pour l’ensemble des Français. Le développement de la pratique sportive pour tous peut nous aider à avancer sur tous les plans : la santé, l’éducation, l’inclusion, le changement de regard sur le handicap… C’est ma conviction profonde.

Paris 2024, c’est aussi une opportunité unique pour faire rayonner la France et tout ce qu’elle compte de meilleur. Dans six ans, le monde entier aura les yeux rivés sur nous. L’ambition de l’ensemble des acteurs de Paris 2024 est de faire dès maintenant des Jeux une vitrine pour notre culture, nos territoires et nos entreprises.

Entretien avec VINCENT ROGER, délégué spécial de la région, chargé des jeux olympiques et paralympiques.

Quelles sont les principales retombées économiques attendues et comment la région entend-elle capitaliser sur l’événement ?

Les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) selon une étude récente vont générer au minimum 11Mds€ de richesses supplémentaires. Ces JOP devraient créer 250 000 emplois dont l’essentiel seront en Ile-de-France. Ils vont être un accélérateur de croissance pour l’Ile-de-France.

Ils permettront de booster l’innovation : le développement de la 5G, le véhicule autonome, la logistique, la route intelligente, plan BIM, cluster pour la filière sport… Un salon de l’innovation francilienne aura lieu durant les JOP.

Il y aura également un volet lié au développement de l’Économie Sociale et Solidaire et une charte relative à l’insertion qui pourront être une force pour les politiques RSE des entreprises.

Les jeux olympiques sont aussi un outil d’aménagement du territoire et le conseil régional a annoncé un programme d’investissements de 209 m € lié à ces jeux. quels en seront les principaux axes ?

La région est en effet le 1er investisseur public après l’État. Avec Valérie Pécresse, nous avons deux exigences : faire des Jeux utiles pour la population et respecter l’enveloppe budgétaire. Nous finançons le stade nautique d’Île-de-France de Vaires-sur-Marne. Il sera un site reconnu mondialement pour le canoë-kayak et l’aviron. Il sera aussi un lieu pour la pratique du sport de loisirs.

Nous cofinançons également la modernisation du stade de France, la rénovation du stade Yves-du-Manoir, la création de l’Arena II et le centre aquatique de Saint-Denis, la construction du village olympique… Sans oublier de nombreuses infrastructures liées à la mise en place des Jeux : échangeur sur l’A86, passerelle piétonne au dessus de l’A1 pour aller au stade de France, acheminement piéton de la gare RER du Bourget…

Nous apporterons aussi notre contribution financière à l’organisation des Jeux Paralympiques.

Comment les entreprises franciliennes seront elles associées à la préparation de ces jeux et à leur bon déroulement ?

Les entreprises franciliennes pourront répondre à deux types de marchés publics liés à l’organisation direct des Jeux. Ceux du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (COJO) et ceux de la SOLIDEO.

Le COJO est une association qui a pour mission d’organiser les JOP (billetterie, accueil des délégations, compétitions, marketing…).

La SOLIDEO, établissement public, doit livrer d’ici 67 mois l’ensemble des infrastructures. Elle gère 39 chantiers pour lesquels 29 maîtres d’ouvrage publics ou privés en ont la responsabilité. Avec des objectifs de rigueur et l’ambition de permettre aux différents types d’entreprise d’être en mesure de répondre aux appels d’offre des Jeux, le dispositif va être progressivement rendu public d’ici la fin de l’année.

La plateforme Maximilien, soutenue par la région, sera un outil utile dans ce dispositif. En parallèle de ces marchés, il y aura des opportunités multiples pour les entreprises de la région notamment pour l’accueil des 13 millions de spectateurs, la sécurité…

Les Jeux seront une extraordinaire vitrine pour tous les acteurs économiques de la région.

Plus globalement, quel doit être l’héritage des jeux pour notre région ?

Il doit être autant matériel qu’immatériel. Matériel avec les infrastructures, l’amélioration des transports, l’accessibilité, les équipements sportifs… immatériel : l’apprentissage des langues, la mobilisation de la jeunesse autour des valeurs du sport et de l’olympisme, la formation…

Les JOP constituent une incroyable opportunité pour entreprendre, créer et imaginer. Chacun pourra ainsi contribuer à l’héritage.