Le financement de la baisse d’impôts

Les réponses du président de la république et du gouvernement à l’issue du grand débat, vous semblent-elles à la hauteur des enjeux ?

Si nous partageons le diagnostic et les constats du Président de la République, notamment sur la nécessité d’avoir une économie plus compétitive, certaines de ses réponses nous laissent perplexes, en tous cas méritent des clarifications. Le Président de la République a décidé de baisser à hauteur de 5 milliards d’euros les impôts des classes moyennes.

C’est une bonne chose, nous sommes proches de l’asphyxie fiscale. Il faut un vrai choc fiscal pour relancer la confiance, c’est incontestable, c’est d’ailleurs l’une des mesures que nous avons proposée. Mais quid de son financement? Sur la prime défiscalisée, et je félicite à ce propos les chefs d’entreprise qui ont massivement joué le jeu, nous soutenons la proposition de sa pérennisation à condition qu’elle garde les deux caractéristiques qui ont fait son succès : volontariat et décision unilatérale de l’entreprise.

Quant au «nouvel acte de décentralisation» annoncé par le Président de la République, il fait aussi partie des mesures que nous avons préconisées à l’issue de nos débats avec les acteurs économiques des territoires. Nous sommes favorables à l’idée de donner davantage de liberté et de responsabilités aux collectivités territoriales mais à une condition : remettre totalement à plat la fiscalité locale illisible et incontrôlée. Le montant de la fiscalité locale pèse sur l’attractivité de nos territoires et leur développement économique. Pour la première fois en 2017, le montant des impôts locaux payé par les entreprises a dépassé celui de l’IS. Entre 2016 et 2017, les impôts locaux ont augmenté de 4,2%.

Que pensez-vous des mesures pour financer la baisse d’impôts (réduction des niches fiscales, entre autres) ?

Le financement de la baisse d’impôts par une suppression des niches fiscales est totalement inacceptable. Les niches fiscales ont été inventées pour corriger un excès d’impôts. Les supprimer revient à augmenter les impôts sur les entreprises alors qu’elles connaissent le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé des pays de l’OCDE, et donc affaiblir leur compétitivité.

Derrière chaque niche se cache un mécanisme qui structure un secteur. C’est le cas pour le Crédit d’impôt recherche par exemple, vital pour l’économie de notre pays et plébiscité par les investisseurs étrangers.

Supprimer cette niche conduirait à déstructurer toute la filière recherche et serait pénalisant pour l’attractivité de notre pays. Surtout il existe une autre voie pour financer la baisse des impôts : la réduction des dépenses publiques. Nous regrettons vivement l’absence de volonté sérieuse de baisse des dépenses publiques et le recul sur la baisse du nombre d’emplois publics.

L’objectif du plein emploi d’ici 2025 que se fixe le président macron vous semble-t-il réaliste ?

Près de 800 000 emplois ont été créés par les entreprises privées depuis le 1er janvier 2014 et on enregistre 66 400 créations nettes de postes au 1er trimestre 2019, soit une hausse de 0,3 %, ce qui veut dire que la politique mise en place, celle de l’offre, fonctionne. Donc oui, c’est possible d’avoir un recul significatif du chômage, d’autant que les réformes de l’apprentissage et de la formation devraient produire leurs effets sachant que l’inadéquation entre l’offre d’emploi et les compétences nécessaires sont un des facteurs du chômage.

À condition toutefois de ne pas changer de cap. Il ne faudrait pas que les trois dernières années du quinquennat se traduisent par un changement de politique moins orientée vers les entreprises. Le faire serait affaiblir la compétitivité des entreprises qui ont besoin de stabilité et de visibilité. Or ce sont elles qui créent l’emploi.

Paru dans CAP’IDF N°67