Quelles sont les priorités des entreprises franciliennes ?

Plus que jamais, les entreprises qui contribuent financièrement aux politiques locales, entendent bien participer au débat et proposer des solutions concrètes, rapidement mobilisables par les futurs maires.

Pouvoir s’installer et développer son activité dans une commune, suppose de réunir plusieurs conditions : un foncier accessible, des transports pour permettre aux salariés de se rendre au travail et assurer la logistique, une offre de logements pour habiter à proximité de son lieu de travail, mais aussi un dynamisme local et une qualité de vie favorisée pour les commerces et la restauration.

Pour y parvenir, les équipes municipales ont tout intérêt à privilégier une approche globale fondée sur le dialogue et la concertation avec les acteurs économiques. Car pour faire avancer leurs projets, les maires auront besoin du soutien du tissu économique local : chefs d’entreprise, professions libérales, artisans et commerçants.

« Les besoins en foncier des entreprises industrielles pourraient atteindre 300 hectares par an d’ici 2030. »

Un redéploiement plus équilibré des activités

Le développement économique local est en effet un projet partagé, qui concerne autant les élus que les entrepreneurs. La question de l’attractivité est centrale : elle conditionne la création d’écosystèmes porteurs, où les échanges et les synergies favorisent l’émergence des projets et assurent une véritable dynamique entrepreneuriale.

En Île-de-France, le manque de foncier freine trop souvent les ambitions et crée des déséquilibres dans la répartition des activités. À Paris et dans la petite couronne, les centres de production ont progressivement laissé la place aux centres d’affaires et aux activités commerciales, de gestion, de conception ou de recherche.

Les industries, quant à elles, sont repoussées en grande couronne, là où le foncier est beaucoup plus abordable. Maintenir une diversité du tissu économique et industriel est pourtant essentiel, au moment où les questions de souveraineté sont de plus en plus prégnantes.

Pour répondre aux défis de l’industrie du futur, les territoires doivent pouvoir proposer une offre foncière dédiée à la production industrielle, en lien avec les centres de recherche et les universités. Les besoins en foncier des entreprises industrielles pourraient atteindre 300 hectares par an d’ici 2030.

En parallèle, une offre de locaux adaptés, cofinancée par la Région, serait le moyen d’accompagner les entreprises dans leur installation et leur développement.

« La distance moyenne du transport de colis est passée de 6 km à 16 km en dix ans. »

Une mobilité plus fluide

C’est le gros point noir de notre région, dont les réseaux de transport sont trop souvent saturés. Ces dernières années, les difficultés n’ont fait que s’accentuer. Les réseaux routiers ont peu évolué en 30 ans, l’offre logistique reste déficitaire et mal répartie : la distance moyenne du transport de colis est passée de 6 km à 16 km en dix ans, tandis que de nombreuses zones d’activités économiques (ZAE) demeurent difficilement accessibles pour les salariés.

À cela s’ajoutent des mesures récentes : abaissement de la vitesse sur le périphérique parisien, créationde zones à trafic limité, pérennisation des voies olympiques, qui complexifient davantagela circulation des travailleurs et des professionnels. C’est à une réflexion globale sur la mobilité et les aménagements nécessaires, qu’il faut désormais s’atteler, en y associant l’ensemble des acteurs concernés, à commencer par les entreprises.

L’enjeu n’est pas d’opposer écologie et économie, mais de trouver un équilibre entre transition environnementale, mobilité fluide et vitalité économique des territoires. Une harmonisation plus large doit s’imposer, tant en termes de stationnement que de restrictions de circulation. Les priorités sont claires : multiplier les parkings relais, ouvrir les transports en commun 24h/24 et 7j/7, améliorer l’accès aux ZAE par les transports publics, accompagner les entreprises et les professionnels dans la transition écologique de leurs flottes, et développer les infrastructures routières.

« L’année précédant les élections municipales, la production de logements en Île-de-France enregistre une baisse de 25 %. »

Une offre de logement plus élargie

La hausse du foncier et une offre insuffisamment adaptée aux besoins des habitants génèrent une forte insatisfaction des Franciliens quant à leurs conditions de vie. Face à un foncier rare et cher, il devient urgent de libéraliser du foncier public, de dissocier le foncier du bâti par le biais du bail à construction solidaire, de maintenir un niveau de production élevé (entre 70 000 et 90 000 logements par an dans le Grand Paris), de développer l’offre de logements intermédiaires en l’intégrant dans le quota de 25 % de logements sociaux.

Il convient également de faciliter la transformation de bureaux vacants en logements (4 millions de m2 sont aujourd’hui disponibles) et de développer le bail mobilité au profit des entreprises, avec la garantie Visale, caution accordée par Action Logement au locataire.

« Plus de taxes sur un territoire, c’est moins d’emplois et à terme, moins de ressources pour la commune. »

Favoriser une économie plus sobre et plus circulaire

Adopter les principes d’une économie plus circulaire, c’est relocaliser la production de biens, tout en facilitant l’insertion des jeunes et des publics éloignés de l’emploi.

Pour y parvenir, les collectivités doivent favoriser les entreprises éco-responsables dans l’attribution des marchés publics, réserver 25 % des marchés de travaux aux TPE et PME, et privilégier plus largement les achats locaux. Les entreprises doivent être associées plus étroitement aux actions des Groupements d’Intérêt Public (GIP), chargés d’accompagner les jeunes en matière de formation et d’accès à l’emploi. L’apprentissage doit devenir une réponse concrète aux clauses d’insertion.

Sur le plan environnemental, il faut multiplier la création de sites de proximité de gestion des déchets professionnels, pour développer le réemploi des matériaux et lutter plus efficacement contre les dépôts sauvages.

Une fiscalité maîtrisée

Les entreprises françaises évoluent dans l’un des environnements fiscaux les plus élevés des pays de l’OCDE, entre impôts, charges et contributions obligatoires. Les entreprises franciliennes doivent, en outre, composer avec des taxes spécifiques à la région, notamment sur les bureaux et les parkings, qui ne cessent d’augmenter. Une instabilité fiscale permanente qui freine les projets d’expansion et nuit à leur compétitivité.

C’est pourquoi les entreprises franciliennes appellent les futurs élus locaux à faire preuve de modération dans l’évolution des taux et des assiettes dont ils ont la responsabilité : taxe foncière, cotisation foncière des entreprises (CFE), taxe d’enlèvement sur les ordures ménagères.

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