Actions communes, renforcement des liens entre les élus et le secteur privé, soutien public à l’écologie industrielle, recherche de locaux et programmes d’installation des nouveaux salariés… Sur le terrain, le rapprochement semble tangible, même si les maires ont vu leur pouvoir se réduire au profit des intercommunalités.
Dans les communes, les priorités économiques ont changé ces dernières années. Elles ne se contentent plus de commercialiser des locaux : elles décarbonent leurs zones d’activités, les densifient et accompagnent les chefs d’entreprise pour enraciner leurs activités. Certaines proposent des boucles locales d’énergie ou d’économie circulaire, transformant les déchets en ressources potentielles pour des start-up locales.
« Au 1er janvier 2025, on compte 1 254 Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre. »
Travailler avec les entreprises
« La capacité d’un territoire à résoudre une partie des problématiques de recrutement et de turn-over d’une société, via la formation ou l’insertion, ou d’une zone d’activités à fournir de l’énergie décarbonée, est en passe de devenir
un argument-massue pour convaincre les chefs d’entreprise de s’installer ou ne serait-ce que de rester sur place », analyse l’économiste Arnaud Florentin, co-auteur de « L’entreprise hyper-locale ». Mais sur le terrain, de plus en plus d’élus en charge de l’attractivité ou du développement économique s’interrogent : comment concilier réindustrialisation et transition écologique avec la consigne de ralentir l’artificialisation des sols (ZAN) ? « À court-terme, ils devront veiller à la diversification de leur tissu économique pour assurer la prospérité du territoire », explique Arnaud Florentin. À ce titre, les clubs d’entreprises s’imposent comme des lieux d’échange et de coopération essentiels. La France en compterait environ 10 000, selon Olivier Talbert, créateur de « Business Club », un réseau national regroupant 37 clubs, soit 2 700 entrepreneurs orientés business et industrie.
Des entreprises plus impliquées sur les territoires
Au-delà du mécénat ou du sponsoring d’associations, les entreprises renforcent leur ancrage local. De très nombreuses PME et TPE placent les territoires au cœur de leur modèle économique, en créant des synergies avec les acteurs du bassin économique. Ces entreprises repensent leurs modes d’organisation et privilégient leur environnement local, pour réduire leurs dépendances à l’extérieur et leur empreinte carbone. « Le moyen de gagner tout à la fois en agilité, en compétitivité, en efficience et en résilience », souligne Arnaud Florentin.
Une nouvelle répartition des compétences économiques
Reste que les élus locaux ont perdu une partie de leurs prérogatives économiques, un certain nombre de compétences stratégiques ayant été transféré aux Régions et intercommunalités ces dernières années. Depuis la loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale de la République) d’août 2015, les Régions se sont vues confier l’élaboration du schéma régional de développement
économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII). Un grand nombre de prérogatives a également été transféré au niveau intercommunal, comme les plans locaux d’urbanisme (PLU), votés par les maires, et encadrés par la loi du 24 mars 2014 dite « pour l’accès au logement et un urbanisme rénové ». Les intercommunalités s’occupent également des questions d’implantation technologique et de bassin d’emploi. Sur le volet fiscal, les maires ne peuvent pas moduler l’assiette d’imposition des entreprises. « Sur les 240 Md € de budgets locaux, une fois la réforme de la taxe d’habitation effectuée, il ne reste plus qu’environ 40 Md € de vrais impôts locaux. C’est-à-dire d’impôts sur lesquels les élus disposent d’un pouvoir de taux », explique Rémy Berthier, co-président de l’Association des hauts fonctionnaires territoriaux (AATF).
Les maires, des interlocuteurs privilégiés
Ils jouissent d’un rôle essentiel pour façonner l’aménagement de leur territoire et favoriser l’implantation d’infrastructures stratégiques, en étant chargés de délivrer les précieux permis de construire et de rénovation, dont les entreprises ont besoin pour mener à bien leurs projets de développement. Les villes sont par ailleurs d’importantes pourvoyeuses d’activités pour des secteurs comme le bâtiment et les travaux publics. Un tiers de l’investissement public national, en matière d’équipements collectifs est réalisé par les communes. Fin connaisseur de son tissu d’entreprises, le maire reste une figure influente du paysage local, jouant un rôle fédérateur entre les différents services des départements et de l’État. Mais pris en tenaille entre le renforcement des structures intercommunales et la réduction de leur autonomie financière, les communes s’inquiètent de l’avenir de leur périmètre d’action. « Si l’intercommunalité parvient à remédier à certains inconvénients du morcellement communal, elle pose cependant le problème de la gouvernance et de la légitimité démocratique des nouvelles instances exécutives », souligne un rapport du Sénat, publié en septembre 2025. La mission sénatoriale considère que le rétablissement de la confiance entre les communes et les intercommunalités passe par un assouplissement de la répartition des compétences, en évitant tout nouveau transfert, et par son adaptation à la diversité des territoires.
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