B7 : retrouver de la stabilité

Face aux tensions géopolitiques et aux distorsions de concurrence, les organisations patronales du B7 appellent les dirigeants internationaux à prendre des décisions à la hauteur des défis économiques, technologiques et stratégiques auxquels nos pays sont confrontés.

Réunis les 10 et 11 juin dernier à Paris, en amont du G7 d’Évian, les représentants des entreprises ont souhaité porter des solutions concrètes dans un climat de tensions marqué par une perte de repères et des fractures plus fortes qu’elles ne l’ont été depuis des décennies.

Un climat d’incertitude qui affaiblit la prévisibilité dont dépendent les décisions commerciales à long terme.

« Ces 48 h avec nos homologues américains, canadiens, allemands, italiens, anglais et japonais nous ont permis d’adopter des positions communes sur nombre de sujets, du commerce international à l’IA, du financement de nos économies à l’adaptation des compétences, de l’environnement et l’énergie aux infrastructures, en passant par les matériaux critiques », souligne Fabrice Le Saché, vice-président en charge de l’Europe et porte-parole du MEDEF.

Plus de 50 recommandations ont été transmises par Patrick Martin, président du MEDEF, au président de la République au nom du B7.

Vers un modèle de coopération plus résilient

Composé des organisations patronales les plus représentatives des pays du G7 — le MEDEF pour la France —, le Business 7 (B7), créé en 2007, a pour objectif principal de contribuer aux travaux du G7 en apportant la vision des entreprises sur les sujets économiques qui y sont discutés.

Cet événement est le point culminant d’un travail régulier et intense mené par le MEDEF avec ses adhérents et ses homologues étrangers afin de faire converger des recommandations opérationnelles destinées aux dirigeants du G7.

Pour les organisations patronales, le G7 devrait agir comme une force stabilisatrice, défendant un ordre international fondé sur des règles tout en l’adaptant aux réalités actuelles.

L’objectif est de construire un modèle de coopération plus résilient, compétitif et pragmatique, capable d’assurer la sécurité économique sans fermer les marchés, de soutenir la puissance industrielle sans fausser la concurrence et d’accélérer les transitions sans freiner la croissance.

« Il y a urgence à agir pour rétablir un commerce ouvert avec des règles communes respectées. »

SOPHIE SIDOS VICAT
SOPHIE SIDOS VICAT

Entretien avec Sophie Sidos Vicat

Co-présidente de la Commission Europe et International du MEDEF, présidente des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCEF)

Le sommet du B7 a permis d’adopter des positions communes. Est-il plus facile d’harmoniser les actions entre dirigeants d’entreprises qu’entre dirigeants des grandes puissances ?

Il serait excessif de dire que c’est facile. Les entreprises du G7 n’ont pas toutes les mêmes contraintes, les mêmes marchés, ni les mêmes priorités sectorielles. De plus, elles sont en compétition sur les marchés.

Mais elles partagent un constat très clair : l’économie mondiale est entrée dans une phase d’instabilité durable, marquée par les tensions géopolitiques, les ruptures de chaînes d’approvisionnement, les distorsions de concurrence et l’accélération technologique.

Ce qui facilite le dialogue entre entreprises, c’est le rapport au réel, car elles sont les premières impactées par l’incertitude réglementaire, les barrières commerciales, les pénuries de matières premières ou les hausses de coûts.

Elles savent aussi qu’aucune entreprise, aucun pays, ne peut répondre seul à ces défis.

Le B7 a précisément cette vocation : faire émerger une parole commune des entreprises des grandes économies avancées et formuler des propositions opérationnelles.

Les dirigeants politiques doivent ensuite arbitrer entre des intérêts nationaux, diplomatiques et budgétaires. Notre responsabilité est de leur rappeler que la croissance, l’investissement, l’emploi et la souveraineté reposent d’abord sur des entreprises fortes et compétitives.

Face aux déséquilibres mondiaux, que propose le B7 pour restaurer des règles de commerce et de concurrence équitables ?

Le B7 défend une ligne simple :

« Nous avons besoin d’un commerce ouvert, mais pas naïf ; de règles communes, mais réellement appliquées ; de concurrence, mais à armes égales. »

Les entreprises du G7 font face à une multiplication des distorsions : subventions massives, surcapacités industrielles, dumping, traitement préférentiel des entreprises publiques, transferts de technologies forcés, barrières non tarifaires, mais aussi hausse des mesures unilatérales et parfois rétorsives.

Ces pratiques créent de l’incertitude, renchérissent les coûts de conformité et fragilisent les chaînes de valeur.

Le B7 appelle donc à renforcer la coordination entre pays du G7 sur les politiques commerciales et industrielles, à mieux partager les informations sur les surcapacités et les subventions, à moderniser les règles de l’OMC et à rétablir un système de règlement des différends pleinement fonctionnel.

Nous devons aussi agir sur les nouveaux fronts du commerce mondial, notamment l’e-commerce transfrontalier. L’arrivée massive de petits colis à très bas prix, souvent issus de plateformes extra-européennes, pose des enjeux de sécurité, de conformité, de fiscalité, de propriété intellectuelle et de concurrence loyale. Le B7 propose de renforcer la coopération douanière, la traçabilité des vendeurs, les exigences de données sur les petits colis et la responsabilité des plateformes.

La sécurisation des approvisionnements est cruciale, comme nous l’a démontré le blocage du détroit d’Ormuz. Au-delà des crises géopolitiques, comment assurer l’accès aux matériaux critiques ?

Les matériaux critiques sont devenus une condition de la souveraineté industrielle. Ils sont indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs, aux réseaux électriques, à la défense, au numérique, à la santé et à la transition énergétique. Le sujet n’est donc plus sectoriel : il touche diryectement à notre capacité à produire, innover et décarboner. Nous devons diversifier nos sources d’approvisionnement, développer des partenariats fiables avec des pays producteurs, renforcer nos capacités de transformation, de raffinage et de recyclage, et créer les conditions économiques permettant d’investir. Aujourd’hui, le problème n’est pas seulement l’accès à la ressource. Il est aussi financier, réglementaire et industriel : les projets sont longs, coûteux, risqués, soumis à une forte volatilité des prix et à des procédures parfois trop complexes.

Le B7 propose donc de rendre ces projets finançables : signaux de demande plus clairs, contrats de long terme, outils de partage des risques, garanties publiques, coordination entre industriels, investisseurs et pouvoirs publics, accélération des procédures, reconnaissance stratégique du recyclage et des matières secondaires. C’est une politique de résilience sur toute la chaîne de valeur, de l’extraction à la réutilisation.

L’IA a conquis tous les domaines d’activité. Mais là aussi, un acteur majeur comme les États-Unis peut bloquer l’accès aux dernières innovations pour des raisons de souveraineté. Quelles réponses pouvons-nous apporter pour préserver notre autonomie ?

L’intelligence artificielle est déjà un facteur majeur de compétitivité. Elle peut transformer la productivité, l’organisation du travail, la recherche, l’industrie, la santé, les services et l’action publique. Mais elle révèle aussi nos dépendances sur la puissance de calcul, le cloud, les semi-conducteurs, les données, les infrastructures numériques. Préserver notre autonomie ne signifie pas nous isoler, mais plutôt maîtriser les conditions essentielles de notre souveraineté technologique. L’Europe doit investir davantage dans ses infrastructures numériques, soutenir ses acteurs du cloud, de la cybersécurité, des semi-conducteurs et de l’IA, développer des centres de données soutenables, sécuriser l’accès aux matériaux critiques et éviter la fragmentation réglementaire.

Le B7 insiste aussi sur l’adoption de l’IA par les entreprises, notamment les PME. Nous proposons des cadres de formation communs, des outils pratiques d’auto-évaluation, des plateformes d’accompagnement pour les PME, et un dialogue international sur une IA fiable, respectueuse de la propriété intellectuelle, des données et de la sécurité.

Le B7 appelle à un pacte renouvelé entre les gouvernements et les entreprises. Sur quelle base ce pacte doit-il être fondé et pour quels objectifs ?

Ce pacte doit d’abord être fondé sur la confiance. Les entreprises ne demandent pas moins d’État par principe ; elles demandent un État stratège, cohérent, prévisible, capable de fixer des priorités claires et de créer les conditions de l’investissement. Comme je disais précédemment, les gouvernements ne pourront pas réussir seuls face aux défis actuels. Les entreprises détiennent une grande partie des solutions.

Les pouvoirs publics doivent donc travailler avec elles en amont, non pas seulement les consulter à la fin. Ce pacte doit viser trois objectifs : restaurer la compétitivité, renforcer la résilience et préparer les compétences de demain.

Cela suppose des règles stables, une simplification réelle, une meilleure mobilisation de l’épargne et des capitaux privés, des partenariats public-privé plus efficaces, une politique industrielle cohérente et une coopération internationale renforcée. Le message du B7 est clair : il n’y aura pas de souveraineté sans compétitivité, pas de transition sans investissement, pas de croissance durable sans entreprises fortes. C’est sur cette base que le dialogue entre gouvernements et entreprises doit se poursuivre.

« Il n’y aura pas de souveraineté sans compétitivité, pas de transition sans investissement, pas de croissance durable sans entreprises fortes. » 

Paru dans MagCAPIDF

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