
Élu en juillet 2025, Éric Brico prend la présidence du pôle Île-de-France et Grand Paris de l’Unis, dans un contexte de crise durable du logement et de profondes mutations du marché immobilier. Il livre son analyse des mesures annoncées et des priorités à engager pour relancer le secteur.
Le plan de relance du logement, présenté par Sébastien Lecornu, qui ambitionne la construction de 2 millions de logements d’ici 2030, répond-il pleinement aux attentes des professionnels ?
C’est une vraie prise de conscience du Premier ministre, dont le discours de Rosny-sous-Bois, le 24 janvier dernier, s’inscrit dans la lignée de Valérie Létard et du rapport Cosson/ Daubresse. Un engagement très ambitieux, en rupture avec l’inertie dénoncée par l’Alliance pour le Logement, suite à l’échec du Conseil national de la refondation (CNR) Logement de juin 2023.
Le principe est le bon, avec un amortissement du bien pendant la durée de location, un dispositif attractif y compris pour les particuliers, et un niveau d’épargne fort. Le plan Relance logement entend mobiliser à nouveau cette épargne. La fin du Pinel avait cassé la dynamique d’investissement, et donc de l’offre.
Le nouveau dispositif Jeanbrun y remédie. Il y a certes des correctifs à apporter, mais le produit désormais existe, là où il n’y avait plus rien. Des ajustements ont d’ailleurs déjà été annoncés par Sébastien Lecornu et devraient prendre place dans le projet de loi « décentralisation ».
Pour l’Unis, il s’agira d’ajuster les points suivants :
- baisser l’effort de travaux de 30 % à 20 % du prix du bien, pour élargir la base d’investisseurs ;
- préférer, pour la rénovation énergétique, un « saut d’étiquettes »* (deux) plutôt que viser les diagnostics de performance énergétique (DPE) A ou B ;
- élargir aussi la cible, aujourd’hui limitée aux appartements, vers les maisons individuelles ;
- permettre la location aux descendants et ascendants de l’investisseur.
« Le plan de relance du logement s’inscrit en rupture avec l’inertie dénoncée par l’Alliance pour le Logement, suite à l’échec du CNR Logement. »
De quelle manière le statut du bailleur privé, que vous avez défendu, permettra-t-il de relancer le marché locatif ?
Il mobilise tous les investisseurs, institutionnels comme particuliers, pour le neuf comme pour l’ancien, valable sur la France entière sans zonage, dans une logique de logement abordable et durable.
Il coche donc toutes les cases. Les critères restent à parfaire, et lorsqu’ils le seront, l’engouement devrait suivre. Cependant une ombre nouvelle au tableau, celle qui nous vient du Moyen-Orient, qualifiée de « choc du prix pétrolier » par les économistes, pourrait engendrer inflation et hausse des taux d’intérêts.
Le plan gouvernemental évoque également une simplification du droit à la construction et de l’urbanisme, maintes fois annoncée. Comment redonner aux élus locaux de vraies capacités d’agir ?
Le projet de loi « décentralisation » devrait intégrer la proposition de loi visant à Conforter l’Habitat, l’Offre de logements et la Construction (CHOC) de la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone, ainsi que la proposition de loi de rénovation de la sénatrice Amel Gacquerre (qui clarifie les obligations du bailleur en copropriété et articule les DPE individuels avec le DPE collectif), et complète l’emprunt collectif. Un méga projet prometteur qui nous conviendrait. Pour le parfaire, l’Unis préconise de remédier aux freins à la délivrance des permis de construire, en raccourcissant les délais, en motivant les refus de permis et en clarifiant les documents opposables dont la liste est interminable. Il faudrait par exemple se cantonner au Plan local d’urbanisme (PLU) et écarter les chartes communales.
La transformation du tertiaire vers le résidentiel doit-elle être plus largement encouragée ?
La loi du 16 juin 2025 visant à faciliter la transformation des bureaux et autres bâtiments en logements est encore assez récente. Elle permet de déroger à certaines règles telles que la destination des immeubles. Le problème majeur tient surtout à la capacité technique d’opérer le changement d’usage, et donc l’aspect financier demeure le point clé. Par ailleurs, il y a lieu de s’inquiéter de l’avenir de La Défense, sauf à considérer que bon nombre d’établissements parisiens pourraient y migrer, pour remettre des volumes à disposition pour le résidentiel.
« L’Unis préconise de remédier aux freins de délivrance des permis de construire, en raccourcissant les délais, en motivant les refus de permis et en clarifiant les documents opposables dont la liste est interminable. »
Quelles seront les priorités de l’Unis dans les prochains mois ?
La politique locale du logement doit faire l’objet d’un projet de loi pour renforcer la décentralisation et accorder davantage de pouvoirs aux élus locaux. Nous serons très attentifs aux conséquences de ce texte dans le domaine de l’encadrement des loyers ou des permis de louer pour lutter contre les logements insalubres. La rénovation énergétique, marquée par des fluctuations des règles en vigueur et le plan d’électrification des usages dans le bâtiment, constitueront l’autre grand volet de notre action. Sur le plan de la réglementation, plusieurs sujets sont sur la table : formation, contrats et honoraires, régulation/discipline, mais aussi passage à la facturation électronique. Enfin l’innovation devra continuer à répondre aux grands enjeux de la décarbonation du secteur.
Paru dans MagCAPIDF



