Suite aux réformes de ces dernières années, les maires ont-ils encore un pouvoir en matière économique ?

Depuis la réforme territoriale de 2010, appartenir à un établissement public de coopération intercommunale a été rendu obligatoire pour les communes (EPCI). Ceci a entraîné de nombreux transferts de compétences. Ainsi, les EPCI ont pris en charge le développement économique afin de mutualiser des dépenses et équipements, d’améliorer la cohésion et l’attractivité. Dans ce contexte, les maires gardent un pouvoir économique de manière directe et indirecte.
Direct, car certains maires ont conservé des missions spécifiques, par exemple la dynamisation économique de centre-ville/ centre-bourg, la gestion d’équipements avec des vocations partielles ou complètes en matière économique, l’écoute des attentes des entreprises ou encore le pilotage d’offices de tourisme communaux lorsqu’ils sont situés sur des stations classées de tourisme. L’implication est désormais surtout indirecte via les politiques intercommunales et la place que peuvent jouer certains maires dans les gouvernances des intercommunalités.
Avec Arnaud Ménard, directeur général d’Impulse Partners, vous avez proposé, devant le CNER, une nouvelle approche du développement économique à l’échelle du territoire. En quoi consiste-t-elle ?
Nous pensons qu’il faut transformer les façons de concevoir et de faire du développement économique. Les besoins des entreprises changent à grande vitesse, les enjeux écologiques et sociétaux deviennent primordiaux, la financiarisation des actifs économiques s’est développée, etc.
Les actions des pouvoirs publics doivent veiller à agir sur la vitalité économique territoriale par des actions directes et indirectes à travers des leviers et des services. Mais ce n’est pas tout.
Il s’agit aussi de tenir compte des besoins de résilience territoriale à moyen long terme et d’agir sur la vitalité par des actions en matière de rayonnement. Notre proposition est simple : il faut stimuler l’économie d’un territoire en s’inscrivant dans une volonté globale d’amélioration de la situation territoriale.
Pour y parvenir, nous croyons aux pouvoirs des « pépites territoriales » que nous définissons comme des actifs territoriaux à fort potentiel (site clé en main, expertise clé, projet porté localement, dynamique d’écosystème, un équipement clé comme un hôpital, etc.) qui ne demandent qu’à être stimulées pour contribuer à améliorer le niveau de vie des habitants. Ces pépites font la richesse et l’avenir de nos territoires.
Mieux les identifier pour mieux les accompagner par un environnement économique favorable à leur développement est un enjeu majeur pour les collectivités territoriales.
Cette approche peut-elle contribuer à renforcer dans nos villes la cohésion sociale et territoriale ?
Absolument. Nous nous sommes inspirés des réflexions de Kate Raworth, économiste et autrice de « La Théorie du Donut » et d’autres travaux s’intéressant aux enjeux sociaux et environnementaux.
Nous croyons qu’il est possible de repenser l’économie à l’échelle locale et de revisiter ses choix de politique économique, pour parvenir à dynamiser la vitalité territoriale tout en répondant mieux aux besoins humains essentiels et en veillant à la préservation de l’environnement.
Dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint, les municipalités peuvent-elles encore avoir les moyens de leurs ambitions ?
L’ambition d’une municipalité ne se mesure pas uniquement à ses capacités humaines et financières. Combien de maires ont su dynamiser leurs communes avec des moyens relativement modestes ? En période de vaches maigres, l’ambition n’est pas de faire plus, mais de faire mieux, et pour y parvenir, la construction d’une ambition commune, partagée par le plus grand nombre, est souvent une clé de réussite.
Nos concitoyens ne veulent pas que leurs communes dépensent le plus possible, ils veulent vivre dans des lieux où ils se sentent bien et où ils trouvent du sens. Aux maires de trouver leurs pépites locales pour bâtir un projet et dynamiser leurs territoires !
Le millefeuille administratif est-il un frein au développement économique des territoires ?
Les économistes des organisations ont montré que la concentration de moyens dans une structure, par exemple par fusion d’organisations, est parfois bien pire que la coordination de plusieurs structures travaillant en réseau.
Au lieu de consacrer beaucoup d’énergie sur le millefeuille administratif, ne faut-il pas plutôt s’intéresser à développer une culture du travailler ensemble, du consensus et de l’intérêt des biens communs ? Il y a beaucoup à faire en France en matière de « management collectif de territoire » comme on a su développer le management de projet transversal au sein des entreprises et d’organismes publics.
Le manifeste du CNER illustre bien cette approche : il montre que l’ingénierie territoriale permet de rendre le millefeuille institutionnel plus efficace en renforçant la coopération entre ses différentes strates et acteurs locaux.
Les intercommunalités ont-elles pris trop d’importance ?
Je ne pense pas, car elles ont permis de réelles avancées en matière de mutualisation de moyens, de montée en compétences et de développement de politiques publiques structurées.
Mais certaines ont oublié leurs territoires environnants et parfois même, ont été prédatrices, provoquant des déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux. Poursuivre les efforts de mutualisation et revisiter leurs façons de faire, y compris sur le plan économique, sont c


