Réforme : Un MEDEF d’engagement et de proposition

Entretien avec Pierre Brajeux, Vice-président du MEDEF
Article paru dans #MagCAPIDF, novembre 2019

Réforme : Un MEDEF d’engagement et de proposition

Geoffroy Roux de Bézieux a engagé la mue de l’organisation avec une réforme d’une ampleur inédite depuis 20 ans.

« Parce que nous sommes des chefs d’entreprise, l’immobilisme n’est pas dans notre ADN. Il nous faut le modifier en y injectant toujours plus d’engagement ». C’est par ses mots que le président du MEDEF a salué l’adoption de la réforme de la première organisation patronale française (173 000 adhérents), adoptée à la quasi-unanimité (97,6 %) lors de la dernière Assemblée générale.

Une réforme qui dote le MEDEF d’une raison d’être, sous l’intitulé « agir ensemble pour une croissance responsable », incarnant sa volonté d’ouverture sur la société et de prise en compte du réchauffement climatique.

Elle répond à trois types d’attentes exprimées par les chefs d’entreprise : la première, c’est une attente de proximité. Ils sont nombreux à souhaiter que le MEDEF défende leurs entreprises au niveau local. C’est la raison pour laquelle, le poids et les moyens d’action des territoires et des régions sont renforcés. La deuxième, c’est plus d’écoute et d’ouverture pour être en phase avec la société. Cela passe par la féminisation des instances mais aussi par un dialogue avec les ONG qui ont un impact grandissant sur les entreprises, les salariés, les actionnaires et les clients. « Nous ne pouvons plus les considérer comme des « parties absentes » mais bien en faire des parties prenantes », souligne le Président du MEDEF. La troisième, c’est une attente de démocratie et d’indépendance.  Clarifier le processus électoral, élargir le corps électoral, mais aussi s’affranchir des financements paritaires répondent à cette exigence. Le MEDEF a ainsi décidé de renoncer d’ici 2023 à 4,4 millions d’euros de financements issus du paritarisme, qui représentent actuellement 12 % de son budget.

Les principaux points de la réforme

  • Féminiser les instances en portant de 8 % à 30 % d’ici trois ans, la part des femmes occupant des postes à responsabilité (assemblées, mandats) via une charte d’engagement.
  • Démocratiser et clarifier le processus électoral par l’élargissement du corps électoral porté à 1100 délégués (au lieu de 550). La création d’une assemblée spécifique pour l’élection. Le financement de la campagne pour tous les candidats. L’adoption d’une charte électorale précisant les conditions d’éligibilité.
  • Renforcer le poids et les moyens d’action du réseau territorial en portant le pourcentage de vote pour les territoires à 40 %. Présence de toutes les régions au conseil exécutif tout en maintenant la diversité des territoires. Création de l’assemblée plénière des territoires et renforcement des moyens du réseau (MEDEF régionaux et MEDEF territoriaux). Soutien financier au développement.
  • Réformer le financement. Pour les cotisations des fédérations : maintien du critère de valeur ajoutée comme assiette de la cotisation, mais plafonnement de l’évolution de la valeur ajoutée à l’évolution du salaire moyen des salariés du privé. Pour les cotisations des MEDEF territoriaux : maintien du critère de l’effectif salarié du territoire comme assiette de la cotisation et raccordement au niveau statutaire d’ici 2023.
  • Ouvrir le dialogue avec les ONG par la création d’une plateforme de dialogue permanent.

 

Entretien avec Pierre Brajeux
Vice-président du MEDEF
Vice-président du MEDEF Île-de-France en charge du Grand Paris
Président du MEDEF Hauts-de-Seine

En quoi cette importante réforme du MEDEF va-t-elle accompagner les mutations économiques et sociétales en cours ?

Notre environnement politique, économique, social et sociétal se transforme rapidement et profondément. Comme une entreprise, il est vital que le MEDEF évolue pour s’adapter à ces changements. C’est pourquoi il y a deux volets à cette réforme : le premier est une réforme des statuts pour améliorer la gouvernance de notre organisation, réforme adoptée à 97,6% en juillet dernier. Le second est une réforme du fonctionnement opérationnel du réseau qui devra être définie et engagée avant la fin de cette année.

Pour plus de proximité, la réforme donne davantage de poids aux territoires. Est-ce là le moyen de renforcer l’efficience du MEDEF ?

Le rôle des territoires a été en effet renforcé par cette réforme. La force du MEDEF, aujourd’hui et plus encore demain, c’est son réseau. C’est pourquoi nous devons articuler intelligemment les trois niveaux du MEDEF – national, régional et départemental – avec un objectif principal : l’efficacité. Cela doit permettre également une parfaite interconnexion avec les fédérations adhérentes. Mutualisation, complémentarité et subsidiarité sont déterminantes.

« La force du MEDEF, aujourd’hui et plus encore demain, c’est son réseau.»

Une plus large place sera également faite aux femmes dans les instances…

Cela va sans dire et c’est un mouvement déjà largement entamé. Nous avançons de façon déterminée mais pragmatique. Quand on vient de loin on a moins de mal à progresser…

Pour assurer sa totale indépendance, le MEDEF entend être intégralement financé par les cotisations des adhérents d’ici à 2023. Doit-on s’attendre à une hausse de celles-ci ?

Il est très important que nos structures reposent au maximum sur un financement assuré par les cotisations des adhérents. Cela garantit notre indépendance et nous oblige à être efficaces, à avoir des résultats concrets. Mais il serait absurde d’aborder ce sujet par une hausse des cotisations. La solution vertueuse est de conquérir de nouveaux adhérents.

Comment attirer de nouveaux adhérents ?

La réponse à cette question est déterminante pour l’avenir du MEDEF. Il s’agit, au-delà de l’objet social ou de la raison d’être, de repenser notre business model. À quoi sert le MEDEF ? À quoi servira-t-il demain ? Répondre à cette question de fond, c’est bâtir une stratégie « commerciale » de développement et de conquête. Les adhérents doivent rester des militants de la cause de l’entreprise, mais ils doivent aussi être considérés comme des clients. Il doit y avoir un retour sur investissement pour nos cotisations. Le MEDEF n’est qu’un outil au service des entreprises, de l’économie et de notre pays.

 

Paru dans #MagCAPIDF