José Ramos, président de la Fédération Régionale des Travaux Publics (FRTP) Île-de-France, revient sur la conjoncture du secteur des travaux publics, les enjeux d’investissement dans les infrastructures, la formation des jeunes et les défis de la transition environnementale.
Quelle est la conjoncture actuelle de votre secteur d’activité en Île-de-France et comment la voyez-vous évoluer ces prochains mois ?

La conjoncture des travaux publics en Île-de-France est aujourd’hui marquée par un fort ralentissement de l’activité. Les entreprises subissent un triple choc : la baisse de la commande publique, l’amortissement de la hausse des coûts de l’énergie et des matériaux, et un manque de visibilité sur les projets à venir. Le cycle des élections municipales, les contraintes budgétaires et les incertitudes géopolitiques renforcent cet attentisme. Les appels d’offres diminuent, notamment sur les opérations d’entretien et d’aménagement urbain, tandis que les entreprises poursuivent leurs chantiers en consommant leurs carnets de commandes sans réelle visibilité sur la suite. Le premier budget du mandat est déterminant pour préserver les crédits consacrés à l’entretien et à la modernisation des infrastructures. Nous espérons une reprise progressive à partir de l’automne 2026, dès lors que les équipes seront en place et les projets de la mandature définis. Globalement, la situation financière du bloc communal est solide, celle des départements est plus hétérogène.
Quels sont les grands enjeux du territoire en matière de logement et d’infrastructures ?
L’Île-de-France est confrontée à un défi majeur : continuer à accueillir habitants, entreprises et activités économiques tout en adaptant ses infrastructures aux conséquences du changement climatique. La question du logement reste évidemment centrale. Produire davantage de logements suppose de disposer des infrastructures nécessaires : réseaux d’eau, d’énergie, de transport, espaces publics et équipements collectifs. On ne peut pas dissocier politique du logement et politique d’investissement dans les infrastructures. Parallèlement, nos territoires doivent devenir plus résilients. Les épisodes récents de fortes chaleurs et les risques d’inondation montrent que nous devons accélérer l’adaptation de nos villes. Désimperméabilisation des sols, végétalisation, développement des mobilités décarbonées et renforcement des infrastructures énergétiques sont autant de priorités pour les années à venir. L’enjeu est simple : préparer l’Île-de-France de demain. Cela suppose une vision de long terme et une véritable reconnaissance du rôle stratégique des infrastructures.
Partagez-vous la recommandation du Conseil d’orientation des infrastructures (COI) de bâtir une programmation annuelle pour pallier le sous-investissement dans l’entretien et la modernisation des réseaux existants, et en avons-nous encore les moyens financiers ?
Je partage pleinement les conclusions du COI. Le constat est clair : nous ne pouvons plus différer l’entretien et la modernisation de nos réseaux. Reporter les investissements aujourd’hui, c’est créer une dette grise qui pèsera demain sur les finances publiques. Une infrastructure non entretenue coûte en moyenne trois fois plus cher à réhabiliter après quelques années de négligence. Pour la voirie, 1 euro non investi aujourd’hui peut générer jusqu’à 10 euros de dépenses à terme. La question n’est donc pas de savoir si nous avons les moyens d’investir, mais si nous avons les moyens de ne pas le faire. Dans un contexte de transition environnementale, de transformation énergétique et d’adaptation au changement climatique, une programmation pluriannuelle stable et lisible est indispensable. Elle seule permettra aux collectivités, aux maîtres d’ouvrage et aux entreprises d’investir, de recruter et d’innover.
Nos entreprises subissent un triple choc : la baisse de la commande publique, l’amortissement de la hausse des coûts de l’énergie et des matériaux, et un manque de visibilité sur les projets à venir.
Quelles conséquences de la baisse des aides à l’apprentissage avez-vous observées sur le terrain ?
À court terme, les effets restent encore limités, mais nous observons déjà des signaux préoccupants. La baisse des aides à l’apprentissage intervient alors même que nos entreprises doivent relever des défis majeurs : renouvellement des générations et évolution des compétences. L’apprentissage constitue l’une des principales voies d’accès à nos métiers. Il permet aux jeunes d’acquérir des savoir-faire en conditions réelles et affiche des taux d’insertion professionnelle particulièrement élevés. Pour les travaux publics, c’est un levier essentiel de recrutement et de transmission des compétences. Notre inquiétude porte surtout sur le long terme. La réduction des soutiens financiers pourrait fragiliser certains centres de formation et limiter leurs capacités d’investissement dans les équipements pédagogiques. Ce serait un paradoxe au moment où les besoins en compétences n’ont jamais été aussi importants.
Une infrastructure non entretenue coûte en moyenne trois fois plus cher à réhabiliter après quelques années de négligence.
La FRTP Île-de-France est très impliquée sur les questions d’économie circulaire et de réemploi des matériaux. De quelle manière les entreprises du secteur et les donneurs d’ordres évoluent-ils en ce domaine ?
Nous observons une évolution positive, tant du côté des entreprises que des maîtres d’ouvrage. Les entreprises du secteur ont fortement développé le recyclage et le réemploi des matériaux, l’utilisation d’enrobés bas carbone ou encore la valorisation des déblais. En Île-de-France, où les ressources naturelles sont limitées, le recours aux matériaux recyclés est une réalité depuis plusieurs décennies. Pour accompagner cette dynamique, la FRTP Île-de-France a lancé, en 2023, la démarche des Recycleurs des Travaux Publics, qui fédère des entreprises autour du partage de bonnes pratiques. Dans le même temps, les maîtres d’ouvrage intègrent de plus en plus les critères environnementaux dans leurs marchés. Des outils comme SEVE-TP permettent d’évaluer l’empreinte environnementale des variantes proposées par les entreprises et favorisent un dialogue constructif entre maîtres d’ouvrage et entreprises. Il reste toutefois des marges de progression. Les objectifs environnementaux doivent être à la fois réalistes et mesurables. L’enjeu est d’accélérer le déploiement de l’économie circulaire pour en faire un réflexe dans tous les projets d’aménagement.
Site officiel : https://frtpidf.fntp.fr/
Paru dans #MagCAPIDF



