Isabel Talaia

Gérante de l’entreprise Le Savoir Peindre (L.S.P.), Vice-présidente de la FFB Grand Paris Île-de-France

L’égalité ne devrait pas être un objectif, mais une évidence

Il m’arrive de me demander comment, en 2026, nous pouvons encore débattre de la place des femmes. Chaque 8 mars, je ressens une forme de paradoxe. Je me réjouis que l’on célèbre les droits des femmes, et en même temps je me demande : comment se fait-il qu’au XXIe siècle, nous ayons encore besoin de le rappeler ? Comme si notre place restait à conquérir. Les femmes ont pourtant toujours joué un rôle majeur dans l’Histoire : nous avons gouverné, innové, créé et entrepris. L’égalité ne devrait pas être un objectif, mais une évidence.

Je dirige une entreprise du Bâtiment depuis dix-neuf ans. Plus de trente ans que je travaille dans un univers majoritairement masculin. Des chantiers et des réunions où j’étais souvent la seule femme. Je n’ai pas à me plaindre : mon parcours prouve qu’une femme peut réussir en toutes circonstances. Mais j’ai entendu, pendant des années : « Vous travaillez avec votre mari ? ». Comme si l’entrepreneuriat au féminin relevait d’une anomalie.

Et je regrette qu’il faille encore revendiquer ce qui devrait être acquis. Faire intervenir le législateur pour imposer la parité dans les instances décisionnaires des entreprises. C’était sans doute indispensable. Mais cela signifie que, spontanément, la société n’est pas encore suffisamment mature pour garantir naturellement l’égalité des chances. Pire : cela crée parfois un doute. Suis-je choisie pour mes compétences ou pour remplir une case ? L’égalité devrait s’imposer naturellement, par la reconnaissance du mérite.

« Ce ne sont pas les femmes contre les hommes. C’est ensemble que nous construirons une réelle égalité. »

Je ne crois ni à l’opposition des sexes ni à la confusion des genres. Être l’égale d’un homme ne signifie pas vouloir être un homme. Revendiquer l’égalité ne signifie pas renoncer à sa féminité. Sur les chantiers, j’ai appris à poser un cadre, à être professionnelle, sans jamais renier qui je suis : une femme, dirigeante, compétente.

Le 8 mars doit nous rappeler d’où nous venons, mais surtout où nous voulons aller. Mon expérience me l’a appris : ce ne sont pas les femmes contre les hommes. C’est ensemble que nous construirons une réelle égalité, fondée sur le respect et la reconnaissance des talents, quels qu’ils soient.

 

Biographie :

Après une formation en comptabilité et gestion d’entreprise, Isabel Talaia débute sa carrière en tant que commerciale dans le domaine du Bâtiment. Rapidement devenue chargée d’affaires dans le second œuvre, elle décide de fonder, en 2007, sa propre entreprise, LSP – Le Savoir Peindre, spécialisée en peinture, ravalement, revêtements de sols et murs.  

Parallèlement à son développement entrepreneurial, elle s’engage activement dans la représentation professionnelle. Elle rejoint la FFB Grand Paris en début 2019 et prend la présidence de la chambre syndicale GESTES. Elle devient également administratrice et membre du Bureau de la FFB Grand Paris. Cette même année, elle intègre le Conseil d’administration de la FFB nationale. Depuis 2022, elle préside la FFB Artisans et siège à ce titre au Conseil National de l’Artisanat. Elle exerce les fonctions de première vice-présidente de la FFB Grand Paris, en charge notamment de la communication et de la promotion des métiers. Enfin, en 2025, elle rejoint le Conseil d’administration du MEDEF Île-de-France.

Article précédentChantal Duval
Article suivantSabrina Pantier