Jeanne Beury Josselin

Déléguée générale du MEDEF Val-d'Oise

L’ambition féminine n’a pas d’âge, mais on lui en donne un

Les « jeunes » femmes portent sur leurs épaules un paradoxe tenace : on leur reproche leur jeunesse là où on célèbre celle des hommes.

Combien de fois ai-je entendu, parfois même de la bouche de femmes expérimentées, qu’une trentenaire n’avait pas assez « de bouteille », pas assez « de sens des affaires », pas assez « de technicité » ? Un homme du même âge, lui, sera au pire taxé d’audace, tel un Rastignac moderne : on lui pardonnera ses défauts de jeunesse. Les jeunes femmes voient souvent, quant à elles, leurs défauts taxés d’incompétence. Sans compter que la jeunesse est un terme bien relatif dans un pays qui élit un président de 39 ans et où l’on nomme premiers ministres de 35 ans, sans trop s’en émouvoir.

Pire : ces préjugés s’auto-entretiennent. Les femmes intériorisent ces doutes. Elles postulent moins à des postes ambitieux. Elles négocient moins leur salaire, par peur d’être jugées « trop gourmandes ». Elles attendent d’être « prêtes » là où un homme se lancera avec la moitié des atouts. Résultat ? L’écart salarial, relativement faible (3 %) avant 35 ans, passe à 11 % après 55 ans (APEC, 2026). Une trajectoire qui n’a rien à voir avec la performance, mais qui est le résultat de mécanismes invisibles.

Pourtant, ces jeunes femmes ont les mêmes diplômes, la même énergie, souvent une vision plus collaborative du leadership. Leur ambition n’est pas le problème.

« Les entreprises qui savent tirer parti de tous les talents, sans distinction, sont celles qui gagnent. »

Alors comment changer la donne ?

D’abord, en leur donnant les moyens de leur ambition : mentorat, réseaux, visibilité. Au MEDEF, nous le faisons en mettant en lumière des parcours féminins dans des secteurs où elles sont rares : les sciences, le bâtiment, l’industrie. Ensuite, en arrêtant de trouver normal que l’ambition ait un genre. L’égalité ne se fera pas sans les hommes. Elle ne se fera pas non plus sans que les jeunes femmes, dès aujourd’hui, refusent de se laisser enfermer dans des cases.

Car l’enjeu n’est pas seulement salarial. C’est aussi une question de performance. Les entreprises qui savent tirer parti de tous les talents, sans distinction, sont celles qui gagnent. Les autres prennent du retard.

Alors oui, légiférons. Formons. Mais commençons surtout par une révolution simple : traitons les jeunes femmes comme on traite les jeunes hommes. Avec la même confiance. La même exigence. Et la même liberté d’échouer parfois.

Biographie :

Diplômée de deux Masters 2 en urbanisme et en sciences politiques après un cursus littéraire, Jeanne Beury Josselin a commencé sa carrière au sein du cabinet du directeur général de l’Office Français de la Biodiversité, à la création de cet EPA. Elle est ensuite devenue collaboratrice de députés à l’Assemblée nationale puis directrice de cabinet d’une ville sous-préfecture de Seine-Saint-Denis.

Son début de parcours professionnel est en cohérence avec son engagement public : Jeanne Beury Josselin a été élue à 18 ans conseillère municipale et communautaire à Troyes, sa ville d’origine.

Depuis 2024, elle est déléguée générale du MEDEF Val-d’Oise, fortement engagée sur des enjeux sociaux tels que l’inclusion des personnes éloignées de l’emploi dans les entreprises adhérentes et la découverte du monde professionnel pour les jeunes de tous horizons.

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