Emmanuelle Bonal

Responsable commerciale institutionnels de Arkéa Asset Management / Groupe Crédit Mutuel Arkea, Administratrice du MEDEF de l'Est parisien

Plafond de verre en gestion d’actifs : pourquoi il tient encore

Je considère la Journée internationale des droits des femmes comme un moment d’introspection et d’action. Elle ne doit jamais se limiter à un symbole. Elle nous oblige à examiner nos pratiques, à mesurer objectivement nos progrès et, surtout, à renforcer nos engagements. Dans mon parcours, qui m’a conduite des fonctions commerciales à la stratégie d’investissement, en passant par la direction générale d’une agence de notation, j’ai appris une chose essentielle : l’égalité ne se décrète pas. Elle se construit, décision après décision, promotion après promotion, dans la réalité concrète des organisations.

La gestion d’actifs demeure encore, en 2026, un univers majoritairement masculin, notamment aux postes de directeurs d’investissement et dans les comités exécutifs. Il ne s’agit plus de barrières formelles, mais de freins implicites, culturels et structurels. Les femmes sont nombreuses dans les fonctions opérationnelles et commerciales, mais l’accès aux responsabilités exécutives reste plus lent. Au sein du groupe Crédit Mutuel Arkéa, dirigé par une femme, la volonté de faire progresser la mixité est réelle et structurée, tout est mis en œuvre pour que les femmes accèdent aux mêmes fonctions que les hommes. Pourtant, dans l’asset management, nous n’avons pas encore atteint l’équilibre.

« L’égalité ne se décrète pas. Elle se construit, décision après décision, promotion après promotion. »

Quand la performance ne suffit pas

Au fil de ma carrière, j’ai souvent constaté qu’il fallait démontrer sa légitimité avec une intensité particulière. Ce n’est pas une question de compétence, mais de biais culturels persistants. Les femmes doivent cumuler résultats tangibles, rigueur irréprochable et capacité à évoluer dans des réseaux historiquement masculins. Cette exigence m’a rendue plus persévérante, plus stratégique dans mes interactions, et finalement plus attentive dans la relation avec mes clients.

Ces mécanismes se retrouvent aussi dans la question salariale. Les écarts de rémunération dans la finance sont une réalité documentée. Ils tendent à se réduire, mais subsistent, notamment dans les métiers où la part variable est déterminante. La négociation salariale y joue un rôle clé car les femmes ont souvent plus de réticence à aborder ce sujet lors des différents entretiens RH. En effet, les normes sociales ont longtemps conduit les femmes à négocier moins spontanément leurs responsabilités ou leur rémunération. Deux leviers me paraissent essentiels : une transparence salariale réelle, avec des grilles comparables et opposables, et une formation à la négociation stratégique dès le début de carrière.

La future transparence salariale européenne constitue un outil puissant à cet égard, à condition qu’elle s’accompagne d’indicateurs précis de progression, de mécanismes correctifs et d’une gouvernance exigeante. Publier des chiffres sans plan d’action serait un simple affichage réglementaire.

Objectifs mesurables, résultats tangibles

À compétences et performances égales, les probabilités d’accéder à un comité exécutif ne sont pas encore strictement identiques. Tout dépend, en réalité, du degré d’engagement stratégique des entreprises. Lorsqu’une organisation se fixe des objectifs mesurables, forme ses managers et inscrit la mixité au cœur de sa feuille de route, les avancées deviennent tangibles. L’égalité formelle ne suffit pas ; seule une égalité structurée, pilotée et évaluée permet d’atteindre une égalité réelle.

C’est précisément dans cette logique que s’inscrivent les quotas. Loin d’être un renoncement au principe d’égalité, ils constituent un levier pragmatique pour corriger des déséquilibres persistants. Ils doivent s’inscrire dans une approche globale : mentoring, critères d’évaluation objectifs, transparence des parcours. Ils ne sont pas une fin en soi, mais un accélérateur.

Attractivité ne rime pas encore avec pouvoir

La finance responsable et l’investissement durable ont indéniablement ouvert des espaces plus inclusifs. Ces domaines attirent davantage de profils féminins, sans doute parce qu’ils proposent une approche systémique des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, plus transversale et plus ancrée dans le long terme. Mais cette ouverture ne garantit pas automatiquement l’accès aux plus hauts niveaux de décision.

Les études sont sans équivoque et montrent que les organisations qui intègrent une réelle mixité dans leurs instances dirigeantes bénéficient d’une gouvernance plus robuste et d’une performance durable. Je suis convaincue que la diversité n’est pas seulement un impératif éthique, c’est un facteur de maîtrise du risque et de compétitivité. La féminisation des instances dirigeantes rend aussi les organisations plus humaines, plus en phase avec les attentes des nouvelles générations.

« La diversité n’est pas seulement un impératif éthique, c’est un facteur de maîtrise du risque et de compétitivité. »

Oser l’ambition au sein d’une finance en pleine mutation

Des obstacles subsistent, notamment des biais implicites dans les processus de promotion, des réseaux décisionnels encore marqués par l’histoire et un syndrome de l’imposteur toujours trop présent. Les interruptions de carrière, notamment liées à la maternité, continuent d’infléchir les trajectoires si elles ne sont pas accompagnées par des politiques RH ambitieuses et évaluées sur leurs effets réels.

À celles qui envisagent une carrière dans la gestion d’actifs, croyez en vos compétences, cultivez votre expertise, élargissez votre réseau et osez les responsabilités ambitieuses. La finance a besoin de talents divers pour rester performante. Mon parcours, atypique et orienté vers la finance durable, prouve qu’une femme a toute sa place dans ce secteur, à compétence égale, et bien au-delà des stéréotypes.

 

Biographie

Après avoir accompagné pendant dix ans des entreprises de toutes tailles au sein du Crédit Agricole puis du Crédit Mutuel Arkéa, Emmanuelle Bonal a participé à la création d’Arkéa Lending Services, première plateforme de mise en relation entre PME et ETI et des fonds de dette privée.

Cette expérience l’a conduite à rejoindre Inbonis Rating, première agence européenne de notation financière dédiée aux PME et aux ETI, où elle a exercé jusqu’aux fonctions de directrice générale France. Elle y a porté la conviction forte que les petites et moyennes entreprises doivent pouvoir bénéficier des mêmes outils d’analyse que les grandes entreprises afin d’être mieux comprises par le système financier, alors qu’elles représentent plus de 80 % du tissu économique.

Aujourd’hui, elle a choisi de revenir au sein du groupe Crédit Mutuel Arkéa, dont la raison d’être est en cohérence avec ses convictions, tant dans son parcours de dirigeante que dans sa vision du rôle de la finance. Elle défend une approche fondée sur l’accompagnement durable et de long terme des entreprises, au service de l’humain et de son environnement.

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