Les femmes dirigeantes doivent prendre leur place dans l’IA
Le numérique n’est plus limité à l’informatique, c’est une composante déterminante de notre avenir. Il agrège tous les enjeux de notre temps, révolutionnant l’innovation, la science et l’industrie, tout en soulevant des questions éthiques et de gouvernance. Comment imaginer qu’il en résulte de véritables progrès sans l’inclusion et la participation active des femmes ?
L’IA se construit maintenant, les femmes peuvent y avoir leur place, mais l’intelligence artificielle ne sera pas inclusive par défaut.
L’essor rapide de l’IA — et plus récemment de l’IA générative — reconfigure en profondeur le travail, l’accès aux ressources, la production de savoirs et l’exercice du pouvoir pour optimiser les performances de l’entreprise.
Dans ce contexte, la question des femmes et de leur maîtrise de l’IA est centrale. Elle concerne la composition des équipes qui conçoivent les systèmes, les données qui les alimentent et les usages qui en découlent.
« La mixité n’est pas un sujet périphérique. C’est un enjeu de responsabilité, de gouvernance et d’éthique. »
Le constat est clair :
- 18 % seulement des fonctions techniques ou de management de l’IA sont des femmes ;
- Le manque de diversité nourrit les biais algorithmiques ;
- La présence des filles, toutes formations confondues, dans les métiers du secteur, progresse de seulement 1% par an. À ce rythme, la parité sera atteinte en 2070 ;
- L’impact sur l’emploi est genré : les femmes sont surreprésentées dans des métiers exposés à l’automatisation.
Sans politique de formation et de transition adaptées dans le déploiement de projets IA, les femmes risquent davantage la déqualification ou la perte d’emploi.
La mixité n’est donc pas un sujet périphérique. C’est un enjeu de responsabilité, de gouvernance et d’éthique. Et dans un secteur structurant comme l’IA, l’enjeu n’est pas symbolique : il touche au pouvoir économique, technologique et d’influence.
D’utilisatrice à femme dirigeante engagée
Ayant fait partie des femmes pionnières de l’internet français dès 1996, j’ai toujours considéré que le numérique n’était pas genré. Dans les entreprises que j’ai dirigées, j’ai toujours œuvré pour la parité à tous les niveaux hiérarchiques et quelles que soient les fonctions, y compris les fonctions techniques en soutenant mes collaboratrices dans leurs ambitions et lors de leur prise de poste.
« Ne pas s’emparer de l’IA aujourd’hui, c’est prendre le risque de la subir demain. »
Pendant 20 ans, chez Willa, incubateur, nous avons accompagné plus de 6 000 femmes entrepreneuses à chaque étape de leur parcours, de l’idée à la croissance, en leur donnant les outils, le réseau et l’expertise pour réussir.
Aujourd’hui, je ne considère pas l’IA comme un simple sujet technique délégué aux fonctions supports et à la DSI.
L’IA impacte la stratégie, la productivité, la relation client, l’organisation du travail et la compétitivité. Ne pas s’en saisir, c’est prendre le risque de subir. C’est une question de compétitivité de l’entreprise et de performance collective.
Porter un projet technologique à fort impact stratégique, c’est démontrer que les femmes ont toute leur place dans l’IA. Et qu’elles peuvent aussi la structurer, la gouverner et la transformer et nous permettre de devenir des rôles modèles pour les plus jeunes, comme dans le projet Code F soutenu par le MEDEF et Femmes du MEDEF. L’initiative qui a pour objectif de féminiser les métiers scientifiques, techniques et technologiques en faisant évoluer les stéréotypes et les représentations des jeunes femmes dès le collège.
À nous de nous mobiliser et d’agir en conséquence.
Biographie :
Entrepreneure engagée, Marie-Anne Dunston développe depuis plus de trente ans des projets à la croisée de l’innovation, du numérique et de l’économie responsable.
Après une première expérience comme contrôleuse de gestion au sein d’une entreprise familiale spécialisée dans l’ingénierie des fluides, elle cofonde en 1996 la web agency WIS, cédée en 2004. Elle poursuit ensuite son parcours entrepreneurial dans la Food Tech en reprenant Chronoresto, plateforme de commande de repas en ligne, avant de la céder en 2011 au groupe PagesJaunes (SoLocal).
Parallèlement, elle fonde À Table, traiteur événementiel relevant de l’économie sociale et solidaire, qu’elle dirige pendant près de vingt ans avant sa cession en 2023.
Depuis 2024, elle est vice-présidente de Dial Once, éditeur français de solutions d’intelligence artificielle dédiées à la relation client, proposant une technologie souveraine.
Très engagée dans l’accompagnement des femmes entrepreneures et dans la vie économique, elle est cofondatrice de l’incubateur WILLA (ex-Paris Pionnières), dédié à la promotion de la mixité dans l’entrepreneuriat et le leadership économique. Elle a également été administratrice du MEDEF de l’Est parisien et présidente du réseau Femmes du MEDEF de l’Est parisien jusqu’en 2025. Elle a rejoint le MEDEF Paris en 2026.
Elle intervient aujourd’hui comme mentore au sein de l’IME (CCI Paris) et est administratrice de R Nouvelle, ressourcerie basée à Saint-Cloud.


