Mode créative : Un écosystème qui innove et rayonne

Entretien avec PASCAL MORAND, président exécutif de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM)

PASCAL MORAND

« Pilier de l’attractivité et de l’influence de l’Île-de-France, la mode créative repose sur un écosystème d’excellence. Pascal Morand en éclaire les dynamiques et les perspectives. Rencontre. »

Au-delà du glamour, que représente aujourd’hui le secteur de la haute couture et de la mode en Île-de-France, et comment se porte-t-il ?

L’Île-de-France est un écosystème central pour la mode créative. Paris en est le cœur mondial, avec la Paris Fashion Week, la Semaine de la Haute Couture, les sièges des Maisons, les bureaux de presse, les écoles — dont l’Institut Français de la Mode (IFM) — et l’ensemble des activités commerciales du secteur. Mais l’ensemble de la région est également mobilisé : ateliers, artisans, métiers d’art, studios de création, ainsi que de nombreuses communautés artistiques associées (musiciens, designers, vidéastes…).

Plus généralement, la mode créative constitue un écosystème stratégique, qui allie création, artisanat et innovation. Elle contribue au rayonnement culturel de la région et s’appuie sur un impact économique considérable, évalué à des dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires et à une dizaine de milliers d’emplois.

Les défis observés aujourd’hui traduisent une évolution des comportements de consommation, marquée par une plus grande sélectivité et des attentes qui dépassent le produit lui-même.

Dans ce contexte, la haute couture joue un rôle à la fois symbolique et stratégique : elle incarne un patrimoine vivant fondé sur l’excellence et renforce l’attractivité internationale de Paris, en soutenant l’emploi, le tourisme, les médias et l’influence globale du secteur.

Quelles sont les retombées des Fashion Weeks parisiennes pour notre région ?

Les Paris Fashion Weeks rassemblent chaque année plus d’une centaine de Maisons. Elles constituent un moteur essentiel de l’influence internationale et du dynamisme économique francilien. Elles confortent la position de Paris comme première capitale mondiale de la mode, en irriguant un écosystème dense d’entreprises, d’artisans et de médias.

L’édition de septembre 2025 a généré 1,2 Md € de Media Impact Value, soit un niveau comparable à celui du Festival de Cannes, selon Launchmetrics. Ce résultat illustre la transformation de la Paris Fashion Week®, désormais considérée comme un événement culturel majeur, qui dépasse largement le cercle professionnel.

La haute couture incarne des savoir-faire uniques. Comment les grandes maisons parviennent-elles à les préserver et les transmettre ?

La transmission repose d’abord sur les ateliers, où alternants et artisans expérimentés travaillent ensemble selon un modèle de formation intergénérationnel. Certaines Maisons disposent de leurs propres dispositifs de formation.

CHANEL a inauguré le 19M à Aubervilliers, un lieu dédié au travail, à la transmission et à la préservation du patrimoine artisanal, regroupant onze maisons de métiers d’art et accueillant régulièrement expositions, ateliers et conférences ouverts au public.

LVMH, à travers ses Métiers d’Excellence, fédère plus de 280 métiers dans la création et l’artisanat. Ses programmes « Excellent ! » et « You & ME » favorisent la formation et l’employabilité des jeunes.

L’écosystème de formation francilien s’est structuré autour de plusieurs écoles et cursus, notamment l’IFM, qui propose des formations créatives, mais aussi en management et en communication. Enfin, la Fédération a contribué à la création du certificat de spécialisation « Première Main Haute Couture », développé avec plusieurs Maisons et l’IFM. La campagne nationale « Savoir pour Faire », portée avec l’OPCO 2i, participe aussi à mieux faire connaître ces métiers et à susciter des vocations.

« Les Paris Fashion Weeks constituent un moteur essentiel de l’influence internationale et du dynamisme économique francilien. »

De quelle manière les entreprises du secteur travaillent-elles sur les questions d’approvisionnement responsable et de cycle de vie des produits, auxquelles les consommateurs sont de plus en plus attentifs ?

L’attention portée à l’approvisionnement responsable est partagée par les consommateurs, par les Maisons elles-mêmes et par les pouvoirs publics, au niveau français et européen.

Dans la mode, la chaîne de valeur est complexe, ce qui génère ipso facto des enjeux particuliers de contrôle et de traçabilité. La majorité des marques membres de la Fédération s’appuient sur une chaîne de valeur européenne, structurée autour de l’axe franco-italien. On peut ajouter que l’essentiel de la production européenne dans le domaine de la mode est porté par ces marques dont le niveau de compétitivité hors-prix est compatible avec le maintien et même le développement de la production en Europe.

Nous sommes par ailleurs entrés dans une nouvelle ère dans la mesure où le secteur de la mode est maintenant régulé, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années encore, à la différence de secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique ou les cosmétiques. Cela renforce l’exigence d’exemplarité pour les marques créatives.

L’industrie textile est aussi l’une des plus controversées pour son empreinte environnementale. Quels sont les progrès réalisés dans ce domaine ?

L’impact du textile provient avant tout du volume massif de production mondiale, estimé à près de 130 milliards de vêtements par an. Partant du fait que l’empreinte moyenne d’un vêtement est de 20 à 30 kg, on mesure bien l’impact environnemental que cela représente.

Même si la mode créative n’est pas le principal contributeur, elle doit participer à l’effort collectif. Les politiques publiques, en France et en Europe, évaluent aujourd’hui l’empreinte des produits en vue d’un affichage environnemental. Ces évaluations restent complexes : la fiabilité des bases de données sur les matières et procédés est déterminante, et certains résultats peuvent surprendre, comme le fait que le polyester puisse être évalué comme moins impactant que des matières naturelles.

Les travaux se poursuivent pour affiner ces bases et mieux intégrer la durabilité extrinsèque, c’est-à-dire la qualité et l’émotion attachées au produit, qui influencent sa durée d’usage.

De nouveaux modèles économiques émergent : upcycling, seconde main, circularité, qui ouvrent la voie à d’autres formes de création et d’innovation.

www.fhcm.paris

« La majorité des marques membres de la Fédération s’appuient sur une chaîne de valeur européenne, structurée autour de l’axe franco-italien. »

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